Il était huit heures du matin à peine; cette porte était encore fermée, les employés n'arrivant d'habitude qu'à neuf heures.

Le sergent qui commandait l'escorte sonna: le valet de chambre du vieux Backer vint ouvrir, poussa un cri, et, du premier mouvement, fut prêt à se jeter dans les bras de son maître. C'était un vieux serviteur allemand, qui, tout, enfant, l'avait suivi de Francfort.

—O mon cher seigneur, lui dit-il, est-ce vous? et mes pauvres yeux qui ont tant pleuré votre absence, ont-ils le bonheur de vous revoir?

—Oui, mon Fritz, oui. Et tout va-t-il bien dans la maison? demanda Simon.

—Pourquoi tout n'irait-il pas bien en votre absence, comme en votre présence? Dieu merci, chacun connaît son devoir. A neuf heures du matin, tous les employés sont à leur poste et chacun fait sa besogne en conscience. Il n'y a que moi qui, malheureusement, aie du temps de reste, et cependant, tous les jours, je brosse vos habits; deux fois par semaine, je compte votre linge; tous les dimanches, je remonte les pendules, et je console du mieux que je puis votre chien César, qui, depuis votre départ, mange à peine et ne fait que se lamenter.

—Entrons, mon père, dit André: ces messieurs s'impatientent et le peuple s'amasse.

—Entrons, répéta le vieux Backer.

On laissa une sentinelle à la porte, deux dans l'antichambre, on dispersa les autres dans le corridor. Au reste, comme c'est l'habitude dans ces sortes de maisons, le rez-de-chaussée était grillé. Les deux prisonniers, en rentrant chez eux, n'avaient donc fait que changer de prison.

André Backer s'achemina vers la caisse, et, le caissier n'étant point encore arrivé, l'ouvrit avec sa double clef, tandis que Simon Backer prenait place dans son cabinet, qui n'avait point été ouvert depuis son arrestation.

On plaça des sentinelles aux deux portes.