Que, quoique les royalistes eussent tué, mis en fuite ou arrêté à peu près tous ceux qui étaient soupçonnés d'appartenir au parti républicain, la ville de Catanzaro, dans sa désolation, ne cessait de nager dans la plus horrible anarchie, au milieu des meurtres, des pillages et des vengeances privées.

En conséquence, au nom de tout ce qui restait d'honnêtes gens à Catanzaro, le cardinal était prié de venir le plus tôt possible au secours de la malheureuse ville.

Il fallait que la situation fût bien grave pour que les royalistes demandassent des secours contre les gens de leur propre parti.

Il est vrai que quelques-uns des membres de la députation que Catanzaro avait envoyée au cardinal, avaient fait partie des comités démocratiques, et, entre autres, le chef de la rote, Vicenzo Petroli, qui, ayant été du gouvernement provisoire, était un de ceux qui avaient mis à prix la tête du cardinal et celle du conseiller de Fiore.

Le cardinal fit semblant de ne rien savoir de tout cela: ce qui lui importait, à lui, c'était que les villes lui ouvrissent leurs portes, quels que fussent ceux qui les lui ouvraient. En conséquence, pour apporter au mal le plus prompt remède possible, il demanda qui était chef du peuple à Catanzaro.

On lui répondit que c'était un certain don François de Giglio.

Il demanda une plume, de l'encre, et, sans descendre de son cheval, écrivit sur son genou:

«Don François de Giglio,

»La guerre comme vous la faites est bonne contre les jacobins obstinés qui se font tuer ou prendre les armes à la main, et non contre ceux qui ont été contraints par la menace ou la violence de se réunir aux rebelles, surtout si ces derniers se repentent et s'en remettent à la clémence du roi: à plus forte raison cette guerre n'a-t-elle point d'excuse contre les citoyens pacifiques.

»En conséquence, je vous ordonne, et sous votre propre responsabilité, de faire immédiatement cesser les meurtres, le pillage et toute voie de fait.»

Cet ordre fut immédiatement envoyé à Catanzaro, sous la protection d'une escorte de cavalerie.

Puis, accompagné de la députation, le cardinal reprit, vers Catanzaro, sa marche un instant interrompue.