Les sentinelles restèrent à la porte, mais au dedans de la salle à manger. Ordre leur était donné de ne point perdre de vue les deux condamnés.

La table était servie comme de coutume, Fritz se tenait debout derrière la chaise du vieux Simon.

—Quand nous aurons fait notre compte, il ne faudra point oublier tous ces vieux serviteurs-là, dit Simon Backer.

—Oh! soyez tranquille, mon père, répliqua André; par bonheur, nous sommes assez riches pour ne point forcer notre reconnaissance à faire sur eux des économies.

Le déjeuner fut court et silencieux. A la fin de son repas, André, en raison d'une vieille coutume allemande, avait l'habitude de boire à la santé de son père.

—Fritz, dit-il au vieux serviteur, descendez à la cave, prenez une demi-bouteille de tokay impérial de 1672, c'est le plus vieux et le meilleur:—j'ai une santé à porter.

Simon regarda son fils.

Fritz obéit sans demander d'explication, et remonta tenant à la main la demi-bouteille de tokay désignée.

André emplit son verre et celui de son père; puis il demanda à Fritz un troisième verre, l'emplit a son tour et le présenta à Fritz.

—Ami, lui dit-il, car, depuis plus de trente ans que tu es dans la maison, tu n'es plus un serviteur, tu es un ami,—bois avec nous un verre de vin impérial à la santé de ton vieux maître, et que, malgré les hommes et leur jugement, Dieu lui accorde, aux dépens des miens, de longs et honorables jours.