—Tant de choses impossibles à prévoir sont arrivées depuis que nous nous connaissons, mon ami, que tout me semble devenu possible.

—Veux-tu que nous fassions monter cette sorcière? Si tu n'as jamais eu à te plaindre d'elle, j'ai eu, moi, à m'en louer, puisque c'est elle qui a posé le premier appareil sur ma blessure, que cette blessure pouvait être mortelle et que je n'en suis pas mort.

—Seule, je n'eusse point osé; mais, avec toi, je ne crains rien.

—Et pourquoi n'eusses-tu point osé? dit derrière les deux jeunes gens une voix qui les fit tressaillir, parce qu'ils la reconnurent pour celle de la sorcière. Est-ce que je n'ai pas toujours, comme un bon génie, essayé de détourner de toi le malheur? Est-ce que, si tu avais suivi mes conseils, tu ne serais point à Palerme, auprès de ton protecteur naturel, au lieu d'être ici, tremblante, sous l'accusation d'avoir dénoncé deux hommes qui seront fusillés demain? Est-ce que, aujourd'hui, enfin, tandis qu'il en est temps encore, si tu voulais les suivre, est-ce que tu n'échapperais pas au destin que je t'ai prédit, et vers lequel tu t'achemines fatalement? Je te l'ai dit, Dieu a écrit la destinée des mortels dans leur main, pour que, avec une volonté ferme, ils pussent lutter contre cette destinée. Je n'ai pas vu ta main depuis le jour où je t'ai prédit une mort fatale et violente. Eh bien, regarde-la aujourd'hui, et dis-moi si cette étoile que je t'ai signalée et qui coupait en deux la ligne de la vie, à peine visible à cette époque, n'a pas doublé d'apparence et de grandeur!

La San-Felice regarda sa main et poussa un cri.

—Regarde toi-même, jeune homme, continua la sorcière s'adressant à Salvato, et tu verras si un poinçon rougi au feu la marquerait d'un pourpre plus vif que ne le fait la Providence, qui, par ma bouche, te donne un dernier avis.

Salvato prit Luisa dans ses bras, l'entraîna vers la lumière, ouvrit la main qu'elle s'efforçait de tenir fermée, et jeta à son tour un léger cri d'étonnement: une étoile, large comme une petite lentille, dont les cinq rayons, bien visibles, divergeaient, coupait en deux la ligne de la vie.

—Nanno, dit le jeune homme, je reconnais que tu es notre amie; quand j'avais encore ma liberté d'action, quand je pouvais m'éloigner de Naples, j'ai proposé à Luisa de l'emmener à Capoue, à Gaete, ou même à Rome; aujourd'hui, il est trop tard: je suis enchaîné à la fortune de Naples.

—Voilà pourquoi je suis venue, dit la sorcière; car ce que tu ne peux plus faire, moi, je puis le faire encore.

—Je ne comprends pas, dit Salvato.