Mais le cardinal n'avait point le choix des instruments qu'il employait. Celui-là pouvait lui être utile. Il se contenta de l'assurance de son repentir, et, sans s'informer si ce repentir était bien sincère, il lui donna l'absolution. Le cardinal était pressé d'utiliser au profit du roi les connaissances topographiques que don Alonzo Pansanera avait acquises en manœuvrant contre la société.
L'occasion ne tarda point à s'offrir, et, comme nous l'avons dit, Pansanera fut nommé guide de la colonne expéditionnaire. La colonne se mit en route, et le cardinal resta derrière elle pour réorganiser l'armée et organiser la réaction.
Au bout de trois jours, il se mit à son tour en marche; mais, comme il fallait faire trois étapes en suivant le rivage de la mer, et sans passer par aucun lieu habité, le cardinal chargea son commissaire aux vivres, don Gaetano Peruccioli, de réunir un certain nombre de voitures chargées de pains, de biscuits, de jambons, de fromage et de farine, puis, ses ordres exécutés, de se mettre en marche sur Cotrone.
A la fin de la première journée, on arriva sur les bords du fleuve Trocchia, qui se trouvait gonflé par les pluies et par la fonte des neiges.
Pendant le passage, qui s'effectua avec une grande difficulté, et en conséquence avec un grand désordre, le commissaire des vivres et les vivres disparurent, avec toute l'administration.
On le voit, don Alonzo Pansanera n'eût pas mieux fait que Gaetano Peruccioli.
Nommé de la veille, il n'avait pas perdu de temps pour poser la première pierre de l'édifice de sa fortune[1].
[1] On sait que, dans toute la partie historique, c'est de l'histoire pure et simple que nous faisons: nous n'inventons ni ne retranchons.
Ce fut dans la nuit seulement, et lorsque l'armée s'arrêta pour bivaquer, que la disparition de Peruccioli se fit connaître par la complète absence des vivres.
On ne mangea point cette nuit-là.