Le lendemain, par bonheur, après deux lieues de marche, on trouva un magasin plein d'excellente farine et des bandes de porcs à moitié sauvages, telles qu'on en rencontre à chaque pas dans la Calabre. Cette double manne fut la bienvenue au désert et immédiatement convertie en soupe au lard. Le cardinal en mangea comme les autres, quoique ce fût un samedi, c'est-à-dire jour maigre. Mais, en sa qualité de haut dignitaire de l'Église, il avait pour lui des pouvoirs qu'il étendit à toute l'armée.

L'armée sanfédiste put donc sans remords manger sa soupe au lard, et la trouver excellente. Le cardinal fut de l'avis de l'armée.

Une chose qui n'étonna pas moins le cardinal que la disparition du commissaire des vivres Peruccioli, fut l'apparition du marquis Taccone, chargé, par ordre du général Acton, de suivre l'armée de la sainte foi comme trésorier et venant la joindre à cet effet.

Le cardinal était justement dans le magasin aux farines lorsqu'on lui annonça le marquis Taccone. Son Excellence arrivait dans un mauvais moment: le cardinal était de mauvaise humeur, n'ayant pas mangé depuis la veille à midi.

Il crut que le marquis Taccone lui rapportait les cinq cent mille ducats qu'il n'avait pas pu se procurer à Messine, ou plutôt il fit semblant de le croire. Le cardinal était un homme trop expérimenté pour commettre de pareilles erreurs.

Il était assis à une table, et, sur un escabeau que l'on avait trouvé à grand'peine, il expédiait des ordres.

—Ah! vous voilà, marquis, dit-il avant même que celui-ci eût franchi la porte. En effet, j'ai reçu avis de Sa Majesté que vous aviez retrouvé les cinq cent mille ducats et que vous me les rapportiez.

—Moi? dit Taccone étonné. Il faut que Sa Majesté ait été induite en erreur.

—Eh bien, alors, demanda le cardinal, que venez-vous faire ici? A moins, cependant, que vous ne veniez comme volontaire?

—Je viens envoyé par le capitaine général Acton, Votre Éminence.