Tout au contraire de la première, cette seconde lettre sembla rendre des forces à Luisa. A mesure que Salvato, ne pouvant commander lui-même à son émotion, en faisait la lecture d'une voix tremblante, elle redressait radieusement sa tête courbée sous la crainte de l'anathème, et un sourire de triomphe rayonnait au milieu de ses larmes.

Elle s'avança vers la table, sur laquelle il y avait de l'encre, une plume et du papier et écrivit ces mots:

«J'allais partir, j'allais quitter Naples, lorsque je reçois votre lettre: pour remplir le devoir sacré qu'elle m'impose, je reste.

»Vous m'avez bien jugée, et à vous je dis, comme je dirai au Dieu devant qui vous allez paraître et devant qui peut-être je ne tarderai pas à vous suivre,—à vous je dis: Je suis innocente.

»Adieu!

»Votre amie en ce monde et dans l'autre, où, je l'espère, nous nous retrouverons.»

»Luisa.»

Luisa tendit cette réponse à Salvato, qui la prit en souriant, et, sans la lire, la remit à Klagmann.

Le messager sortit et Michele après lui.

—Ainsi dit Nanno, tu restes?

—Je reste, répondit Luisa, dont le cœur ne demandait qu'un prétexte pour se décider en faveur de Salvato, et avait, sans s'en rendre compte peut-être, avidement saisi celui que lui offrait le condamné.

Nanno leva la main, et, d'un ton solennel:

—Vous qui aimez cette femme plus que votre vie et à l'égal de votre âme, dit-elle à Salvato, vous m'êtes témoin que j'ai fait tout ce que j'ai pu pour la sauver; vous m'êtes témoin que je l'ai éclairée sur le danger qu'elle courait, que je l'ai invitée à fuir, et que, contrairement aux ordres donnés par le destin à ceux à qui il révèle l'avenir, je lui ai offert mon appui matériel. Si cruel que soit le sort pour vous, ne maudissez pas la vieille Nanno, et dites, au contraire, qu'elle a fait tout ce qu'elle a pu pour vous sauver.

Et, glissant dans l'ombre, avec laquelle son costume sombre se confondait, elle disparut sans que ni l'un ni l'autre des deux jeunes gens songeassent à la retenir.