Elle sonna, mais inutilement; la jeune fille ne vint pas.

Elle sonna une seconde fois; mais en vain son regard se fixa-t-il sur la porte par laquelle la servante devait entrer, la porte ne s'ouvrit point.

Luisa se leva et alla elle-même à la chambre de la jeune fille, pensant que peut-être elle était endormie.

La bougie brûlait sur sa table; auprès de la bougie était une lettre cachetée à l'adresse de Luisa.

Cette lettre était de l'écriture de Giovannina.

Luisa la prit et l'ouvrit.

Elle était conçue en ces termes:

«Signora.

»Si vous aviez quitté Naples, je vous eusse suivie partout où vous auriez été, pensant que mes services vous étaient nécessaires.

»Vous restez à Naples, où, entourée de gens qui vous aiment, vous n'avez plus besoin de moi.

»Je n'oserais au milieu des événements qui vont se passer, rester seule à la maison, et rien, pas même un dévouement dont vous n'avez pas besoin, ne me forçant à m'enfermer dans une forteresse où je ne serais pas libre de mes actions, je retourne chez mes parents.

»D'ailleurs, vous avez eu la bonté de régler mes comptes ce matin, et, dans les circonstances où nous sommes, j'ai dû regarder ce règlement comme un congé.

»Je vous quitte donc, signora, pleine de reconnaissance pour les bontés que vous avez eues pour moi, et si triste de cette séparation, que je m'impose le chagrin de ne point vous faire mes adieux, de peur du chagrin, plus grand encore, que j'éprouverais en vous les faisant.

»Croyez-moi, signora, votre très-humble, très-obéissante, très-dévouée servante,

»Giovannina»

Luisa frissonna en lisant cette lettre. Il y avait, malgré les protestations de dévouement et de fidélité qu'elle contenait, un étrange sentiment de froide haine semé de l'un à l'autre bout. On ne le voyait pas avec les yeux, c'est vrai; mais on l'apercevait avec l'intelligence, on le sentait avec le cœur.

Elle revint dans la salle à manger, où était resté Salvato, et lui remit la lettre.