Celui-ci la lut, haussa les épaules et murmura le mot «Vipère!»

En ce moment, Michele rentra. Il n'avait pas trouvé la voiture à la porte et demandait s'il devait en aller chercher une autre.

Il n'y avait point à attendre son retour, c'était évidemment Giovannina qui l'avait prise pour partir.

Ce que Michele avait de mieux à faire, c'était de courir jusqu'à Pie-di-Grotta, où il avait une place de fiacres, et d'en ramener une autre.

—Mon ami, dit Luisa, laisse-moi profiter de ces quelques moments de retard qui nous sont imposés par le hasard pour faire une dernière visite à la duchesse Fusco et lui faire proposer une dernière fois de courir une même chance en la conduisant avec moi au Château-Neuf. Si elle reste, je lui recommanderai la maison qui va être complétement abandonnée.

—Va, mon enfant chéri, dit Salvato en l'embrassant au front, comme un père, en effet, eût fait à son enfant.

Luisa s'engagea dans le corridor, ouvrit la porte de communication et pénétra dans le salon.

Le salon, comme toujours, était plein de toutes les notabilités républicaines.

Malgré l'imminence du danger, malgré le hasard de l'événement, les visages étaient calmes. On sentait que tous ces hommes de progrès, qui s'étaient engagés par conviction dans la voie périlleuse, étaient prêts à la suivre jusqu'au bout, et, comme les vieux sénateurs de la République, à attendre la mort sur leurs chaises curules.

Luisa fit sa sensation ordinaire de beauté et d'intérêt; on se groupa autour d'elle. Chacun, dans ce moment suprême ayant un parti pris pour soi, demandait aux autres le parti qu'ils allaient prendre, espérant peut-être que celui-là était le meilleur.