La duchesse restait chez elle et y attendait les événements. Elle tenait prêt un costume de femme du peuple, sous lequel, en cas de danger imminent, elle comptait fuir. La fermière d'une de ses masseries lui tenait une retraite préparée.
Luisa la pria de veiller sur sa maison jusqu'au moment où elle-même quitterait la sienne, et lui annonça que Salvato, ne sachant point si, au milieu du combat, il aurait la possibilité de veiller sur elle, lui avait fait préparer une chambre au Château-Neuf, où elle restait sous la garde du gouverneur Massa, ami de Salvato.
C'était là, d'ailleurs, qu'à la dernière extrémité devaient se réfugier les patriotes, personne ne se fiant à l'hospitalité de Mejean, qui, on le savait, avait demandé cinq cent mille francs pour protéger Naples, et qui, pour cinq cent cinquante mille francs, était disposé à l'anéantir.
On disait même—ce qui, au reste, n'était point vrai—qu'il avait traité avec le cardinal Ruffo.
Luisa chercha des yeux Éléonore Pimentel, pour laquelle elle avait une grande admiration; mais, un instant avant son entrée, Éléonore avait quitté le salon pour se rendre à son imprimerie.
Nicolino vint la saluer, tout fier de son bel uniforme de colonel de hussards, qui, le lendemain, devait être déchiqueté par les sabres ennemis.
Cirillo, qui, comme nous l'avons dit, faisait partie de l'Assemblée législative, laquelle s'était déclarée en permanence, vint l'embrasser. Il lui souhaita, non pas toute sorte de bonheurs,—dans la situation où l'on se trouvait, il y avait peu de bonheur à espérer,—mais la vie saine et sauve, et, lui posant la main sur la tête, il lui donna tout bas sa bénédiction.
La visite de Luisa était faite. Elle embrassa une dernière fois la duchesse Fusco: les deux femmes sentirent ensemble jaillir les larmes de leur cœur.
—Ah! murmura Luisa en voyant les larmes de son amie se mêler aux siennes, nous ne devons plus nous revoir!
La duchesse Fusco leva son regard vers le ciel, comme pour lui dire: «Là-haut, on se retrouve toujours.»