Il arriva au Granatello.

Avec sa confiance ou plutôt son imprudence accoutumée, Schipani dormait; Salvato le fit éveiller et lui demanda des nouvelles de l'ennemi.

Schipani lui répondit qu'il comptait être attaqué par lui le lendemain, et qu'il prenait des forces pour le bien recevoir.

Salvato lui demanda s'il ne tenait point quelques renseignements plus précis des espions qu'il avait dû envoyer. Le général républicain lui avoua qu'il n'avait envoyé aucun espion et que ces moyens déloyaux de faire la guerre lui répugnaient. Salvato s'informa s'il avait fait garder la route de Nola, où était le cardinal, et d'où, par les pentes du Vésuve, il pourrait faire filer des troupes sur Portici et sur Resina, pour lui couper la retraite. Il répondit que c'était à ceux de Resina et de Portici de prendre ces précautions, et que, quant à lui, s'il trouvait les sanfédistes sur son chemin, il passerait au milieu d'eux.

Cette manière de faire la guerre et de disposer de la vie des hommes faisait hausser les épaules à l'habile stratégiste, élevé à l'école des Championnet et des Macdonald. Il comprit qu'avec un homme comme Schipani, il n'y avait aucune observation à faire, et qu'il fallait tout abandonner au génie sauveur des peuples.

Voyons un peu ce que le cardinal, plus méticuleux que Schipani sur les moyens de se garder, faisait pendant ce temps.

A minuit, c'est-à-dire à l'heure où nous avons vu Salvato partir du Château-Neuf, le cardinal Ruffo, dans la chambre principale de l'évêché de Nola, assis devant une table, ayant près de lui son secrétaire

Sacchinelli et le marquis Malaspina, son aide de camp, recevait les nouvelles et donnait ses ordres.

Les courriers se succédaient avec une rapidité qui témoignait de l'activité que le général improvisé avait mise à organiser ses correspondances.

Lui-même décachetait toutes les lettres, de quelque part qu'elle vinssent, et dictait les réponses, tantôt à Sacchinelli, tantôt à Malaspina. Rarement répondait-il lui-même, excepté aux lettres secrètes, un tremblement nerveux rendant sa main inhabile à écrire.