Tout le monde veillait sur le chemin. A tous les corps de garde, Salvato s'arrêtait, descendait de cheval, s'informait et donnait quelques instructions.
La première station qu'il fit fut au fort de Vigliana.
Ce petit fort s'élève au bord de la mer, à la droite du chemin qui va de Naples à Portici; il défend l'arrivée du pont de la Madeleine.
Salvato fut reçu avec des acclamations. Le fort de Vigliana était défendu par cent cinquante de ses Calabrais, sous le commandement d'un prêtre nommé Toscano.
Il était évident que c'était sur ce petit fort, qui défendait l'approche de Naples, que se porterait tout l'effort des sanfédistes; aussi la défense avait-elle été confiée à des hommes choisis.
Toscano fit voir à Salvato tous ses préparatifs de défense. Il comptait, lorsqu'il serait forcé, mettre le feu à ses poudres et se faire sauter, lui et ses hommes.
Au reste, Toscano ne comptait pas les prendre par surprise; tous étaient prévenus, tous avaient consenti à ce suprême sacrifice à la patrie, et le drapeau qui flottait au-dessus de la porte portait cette légende:
NOUS VENGER! VAINCRE OU MOURIR!
Salvato embrassa le digne curé, remonta à cheval aux cris de «Vive la République!» et continua son chemin.
A Portici, les républicains témoignèrent à Salvato de grandes inquiétudes. Ils avaient affaire à des populations rendues essentiellement royalistes par leurs intérêts. Ferdinand avait à Portici un palais où il passait l'automne; presque tout l'été, le duc de Calabre habitait le palais voisin de la Favorite. Ils ne pouvaient se fier à personne, se sentaient entourés de piéges et de trahisons. Comme aux jours de tremblement de terre, le sol semblait frissonner sous leurs pieds.