Tout à coup, il se frappa le front.

—Que l'on me fasse venir fra Pacifico, dit-il.

On appela fra Pacifico, qui entra dans le cabinet, où il resta une demi-heure enfermé avec Son Éminence.

Après quoi, on le vit aller à l'écurie, en tirer Giaccobino et prendre avec lui la route de Naples.

Quant au cardinal, il rentra dans le salon, expédia encore quelques ordres et se jeta tout habillé sur son lit, recommandant qu'on le réveillât au point du jour.

Au point du jour, le cardinal fut réveillé. Un autel avait été dressé pendant la nuit au milieu du camp sanfédiste, placé en dehors de Nola. Le cardinal, vêtu de la pourpre, y dit la messe en l'honneur de saint Antoine, qu'il comptait substituer dans la protection de la ville à saint Janvier, qui, ayant fait deux fois son miracle en faveur des Français, avait été déclaré jacobin et dégradé par le roi de son titre de commandant général des troupes napolitaines.

Le cardinal avait longtemps cherché, saint Janvier dégradé, à qui pouvait échoir sa succession, et s'était enfin arrêté à saint Antoine de Padoue.

Pourquoi pas à saint Antoine le Grand qui, si l'on scrute sa vie, méritait bien autrement cet honneur que saint Antoine de Padoue? Mais sans doute le cardinal craignait-il que la légende de ses tentations popularisées par Callot, jointe au singulier compagnon qu'il s'était choisi, ne nuisissent à sa dignité.

Saint Antoine de Padoue, plus moderne que son homonyme de mille ans, obtint, quel qu'en soit le motif, la préférence et ce fut à lui qu'au moment de combattre, le cardinal jugea à propos de remettre la sainte cause.

La messe dite, le cardinal monta à cheval avec sa robe de pourpre et se plaça à la tête du principal corps.