Puis, au marquis Taccone, tout abasourdi de l'accueil:

—Ne vous inquiétez point de vos papiers, dit-il; j'en ferai prendre fidèle copie, je les ferai numéroter avec soin et je les enverrai au roi. Retournez donc à Palerme; vos papiers y seront aussitôt que vous.

Et, pour prouver au marquis Taccone qu'il lui disait la vérité, le cardinal commença la revue de ses papiers avant même que le marquis fût sorti de la chambre.

Le cardinal, en mettant la main sur le portefeuille du marquis Taccone, avait fait une véritable trouvaille. Mais, comme nous n'avons pas eu ce portefeuille sous les yeux, nous nous contenterons de répéter à cette occasion ce que dit Dominique Sacchinelli, historien de l'illustre porporato:

A la vue de ces papiers, qui avaient tous rapport à des dépenses secrètes, écrit-il, le cardinal put se convaincre que le plus grand ennemi du roi était Acton. C'est pourquoi, emporté par son zèle, il écrivit au roi, en lui envoyant tous les papiers de Taccone, dont il avait eu la précaution de conserver un double:

«Sire, la présence du général Acton à Palerme compromet la sûreté de Votre Majesté et de la famille royale…»

«Sire, la présence du général Acton à Palerme compromet la sûreté de Votre Majesté et de la famille royale…»

Sacchinelli, à qui nous empruntons ce fait et qui, après avoir été le secrétaire du cardinal, est devenu son historien, ne put surprendre au passage autre chose que la phrase que nous guillemetons, la lettre du cardinal au roi étant écrite tout entière de sa main et n'étant restée qu'un instant sous ses yeux, tant le cardinal avait hâte de l'envoyer au roi.

Mais ce que nous pouvons dire en toute connaissance de cause, c'est que les cinq cent mille ducats ne se retrouvèrent jamais.

A la nouvelle de la disparition du commissaire des vivres Peruccioli, le cardinal n'avait pas jugé à propos de traverser le fleuve gonflé par la pluie.

Pendant que l'on amasserait les vivres nécessaires à l'expédition, l'eau baisserait.