Et, en effet, le 23 mars au matin, le fleuve étant devenu guéable, et une quantité suffisante de vivres ayant été amassée, le cardinal ordonna de se remettre en route, lança le premier son cheval dans l'eau, et, quoiqu'il en eût jusqu'à la ceinture, il traversa le fleuve heureusement.

Toute l'armée le suivit.

Trois hommes seulement furent entraînés par le courant et sauvés par des mariniers du Pizzo.

Au moment où le cardinal mettait le pied sur la rive opposée, il lui arriva un messager courant à toute bride et tout souillé de boue, qui lui annonçait que la ville de Cotrone avait été prise la veille 22 mars.

Cette nouvelle fut reçue aux cris de «Vive le roi! vive la religion!»

Le cardinal poursuivit son chemin à marches forcées, et, passant par Cutro, il arriva le 25 mars, seconde fête de Pâques, en vue de Cotrone.

La ville fumait en plusieurs endroits et dénotait des restes d'incendie.

Le cardinal, en s'approchant, entendit des coups de feu, des cris, des clameurs qui lui indiquèrent que sa présence était urgente.

Il mit son cheval au galop; mais à peine avait-il franchi la porte de la ville, qu'il s'arrêta épouvanté; les rues étaient jonchées de morts; les maisons, saccagées, n'avaient plus ni portes ni fenêtres; quelques-unes, comme nous l'avons dit, brûlaient.

Arrêtons-nous un instant sur Cotrone, dont la destruction fut un des plus douloureux épisodes de cette guerre inexpiable.