Ces fromages sont pendus par le col.

Le roi, en disant qu'il y a, il l'espère bien, pas mal de casicavalli de faits, veut dire tout simplement qu'il espère qu'il y a déjà bon nombre de patriotes pendus.

Quant au proverbe royal: De grands coups de bâton et de petits morceaux de pain font de beaux enfants, je crois qu'il n'a pas besoin d'explication. Il n'y a pas de peuple qui n'ait entendu sortir de la bouche de quelqu'un de ses rois un proverbe du même genre et qui n'ait fait sa révolution pour avoir des coups de bâton moins lourds et des morceaux de pain plus gros.

La première chose que demanda, en arrivant à Palerme, le roi Ferdinand, fut la traduction des lettres de Troubridge.

Cette traduction l'attendait.

Il n'eut donc qu'à la joindre à la lettre qu'il avait écrite au cardinal à Villafrati, et le même messager put tout emporter:

A lord Nelson.

«3 avril 1799.

»Les couleurs napolitaines flottent sur toutes les îles de Ponsa. Votre Seigneurie n'a jamais assisté à semblable fête. Le peuple est littéralement fou de joie et demande à cor et à cri son monarque bien-aimé. Si la noblesse était composée de gens d'honneur ou d'hommes à principes, rien ne serait plus facile que de faire tourner l'armée du côté du roi. Ayez seulement mille braves soldats anglais, et je vous promets que le roi sera remonté sur son trône dans quarante-huit heures. Je prie Votre Seigneurie de recommander particulièrement au roi le capitaine Cianchi. C'est un brave et hardi marin, un bon et loyal sujet, désireux de faire du bien à son pays. Si toute la flotte du roi de Naples avait été composée d'hommes comme lui, le peuple ne se fût point révolté.

»J'ai à bord un brigand nommé Francesco, ex-officier napolitain. Il a ses propriétés dans l'île d'Ischia. Il tenait le commandement du fort lorsque nous nous en emparâmes. Le peuple a mis en lambeaux son infâme habit tricolore et a arraché ses boutons, qui portaient le bonnet de la Liberté. Étant alors sans habit, il eut l'audace de revêtir son ancien uniforme d'officier napolitain. Mais, tout en lui laissant l'habit, je lui ai arraché les épaulettes et la cocarde, et l'ai forcé à jeter ces objets par-dessus le bord; après quoi, je lui fis l'honneur de le mettre aux doubles fers. Le peuple a mis en morceaux l'arbre de la Liberté et en charpie la bannière qui le surmontait; de sorte que, de cette bannière, je ne puis mettre le plus petit morceau aux pieds de Sa Majesté. Mais, quant à l'arbre de la Liberté, je suis plus heureux: je vous en envoie deux bûches, avec les noms de ceux qui les ont données.

»J'espère que Sa Majesté en fera du feu et s'y chauffera.

»Troubridge.

»P.-S.—J'apprends à l'instant même que Caracciolo a l'honneur de monter la garde comme simple soldat, et qu'hier il était en sentinelle à la porte du palais. Ils obligent tout le monde, bon gré ou mal gré, à servir.

»Vous savez que Caracciolo a donné sa démission au roi.»

Nous avons souligné dans le post-scriptum de Troubridge, ce qui a rapport à Caracciolo.

Ces deux phrases, comme on le verra plus tard, si Nelson eût eu la loyauté de produire la lettre de Troubridge, eussent pu avoir une grande influence sur l'esprit des juges lorsqu'on fit son procès à l'amiral.

Voici la seconde lettre de Troubridge; elle porte la date du lendemain: