«4 avril 1792.
»Les troupes françaises montent à un peu plus de deux mille hommes.
»Elles sont ainsi distribuées:
»300 soldats à Saint-Elme;
»200 au château de l'Œuf;
»1,400 au château Neuf;
»100 à Pouzzoles;
»30 à Baïa.
»Leurs combats à Salerne ont été suivis de grandes pertes; pas un de leurs hommes n'est revenu sans blessures. Ils étaient 1,500.
»D'un autre côté, on dit qu'à l'attaque d'une ville nommée Andria, dans les Abruzzes, trois mille Français ont été tués.
»Les Français et les patriotes napolitains se querellent. Il règne entre les uns et les autres une grande défiance. Il arrive souvent que, dans les rondes de nuit, quand l'un crie: «Qui vive?» et que l'autre répond: «Vive la République!» on échange des coups de feu.
»Votre Seigneurie voit qu'il n'est point prudent de s'aventurer dans les rues de Naples.
»Je reçois à l'instant la nouvelle qu'un prêtre nommé Albavena prêche la révolte à Ischia. J'envoie soixante Suisses et trois cents sujets fidèles pour lui donner la chasse. J'espère l'avoir mort ou vif dans la journée. Je prie en grâce Votre Seigneurie de demander au roi un juge honnête par le retour du Perseus; autrement, il me sera impossible de continuer ainsi. Les misérables peuvent être, d'un moment à l'autre, arrachés de mes mains et être mis en morceaux par le peuple. Pour le calmer, il faudrait, au plus vite, pendre une douzaine de républicains.»
Troubridge venait à peine d'expédier ces deux lettres et de perdre de vue le petit aviso grec qui les portait à Palerme, qu'il vit s'avancer vers sa frégate une balancelle venant dans la direction de Salerne.
A tout moment, il lui arrivait de la terre, des comunications importantes. Aussi, après s'être assuré que c'était bien au Sea-Horse, qu'il montait, que la barque avait affaire, il attendit qu'elle accostât le bâtiment; ce qu'elle fit après avoir répondu aux questions habituelles en pareille circonstance.
La balancelle était montée par deux hommes, dont l'un prit sur sa tête une espèce de bourriche qu'il apporta sur le pont. Arrivé là, il demanda où était Son Excellence le commodore Troubridge.
Troubridge s'avança. Il parlait un peu italien: il put donc interroger lui-même l'homme à la bourriche.
Celui-ci ne savait pas même ce qu'il apportait. Il était chargé de remettre l'objet, quel qu'il fût, au commodore, et d'en prendre un reçu, comme preuve que lui et son camarade s'étaient acquittés de leur commission.
Avant de donner le reçu, Troubridge voulut savoir ce que contenait le panier. En conséquence, il coupa les ficelles qui retenaient la paille, et, au milieu du double cercle de ses officiers et de ses matelots, attirés par la curiosité, il plongea sa main dans la paille; mais aussitôt il la retira avec un mouvement de dégoût.
Toutes les lèvres s'ouvrirent pour demander ce que c'était; mais la discipline qui règne à bord des bâtiments anglais arrêta la question sur les lèvres.
—Ouvre ce panier, dit Troubridge au matelot qui l'avait apporté, en même temps qu'il s'essuyait les doigts avec un mouchoir de batiste, comme fait Hamlet après avoir tenu dans sa main le crâne d'Yorick.
Le matelot obéit, et l'on vit apparaître d'abord une épaisse chevelure noire.