C'était le contact de cette chevelure qui avait causé au commodore la sensation de dégoût qu'il n'avait pu réprimer.

Mais le marinier n'était point aussi dégoûté que l'aristocrate capitaine. Après la chevelure, il mit à découvert le front, après le front les yeux, après les yeux le reste du visage.

—Tiens, dit-il en la prenant par les cheveux, et en tirant hors du panier qui la contenait et dans lequel elle avait été emballée avec toute sorte de soins une tête fraîchement coupée et reposant délicieusement sur une couche de son,—tiens, c'est la tête de don Carlo Granosio di Gaffoni.

Et, en tirant la tête de son enveloppe, il fit tomber un billet.

Troubridge le ramassa. Il était justement à son adresse.

Il contenait les lignes suivantes[2]:

[2] Inutile de dire que nous ne changeons pas une lettre au billet, et que nous nous contentons d'en donner la traduction.

Au commandant de la station anglaise.

«Salerne, 24 avril au matin.

»Monsieur,

»Comme fidèle sujet de Sa Majesté mon roi Ferdinand, que Dieu garde! j'ai la gloire de présenter à Votre Excellence la tête de don Carlo Granosio di Gaffoni, qui était employé dans l'administration directe de l'infâme commissaire Ferdinand Ruggi. Ledit Granosio a été tué par moi dans un lieu appelé les Puggi, dans le district de Ponte-Cognaro, tandis qu'il prenait la fuite.

»Je prie Votre Excellence d'accepter cette tête et de vouloir bien considérer mon action comme une preuve de mon attachement à la couronne.

»Je suis, avec le respect qui vous est dû,

»Le fidèle sujet du roi,

»Giuseppe Maniutio Vitella.»

—Une plume et du papier, demanda Troubridge après avoir lu.

On lui apporta ce qu'il demandait.