Les bourboniens réunis à San-Severo avaient pris le titre d'armée coalisée de la Pouille et des Abruzzes. Cette agglomération d'hommes, qui pouvait monter à 12,000 individus, se composait du triple élément qui formait toutes les armées sanfédistes de cette époque, c'est-à-dire des restes de l'armée royaliste de Mack, des forçats que le roi avait mis en liberté avant de quitter Naples[3], pour mêler au peuple qu'il abandonnait l'effroyable dissolvant du crime, et de quelques royalistes purs qui affrontaient ce voisinage par enthousiasme de leur opinion.

[3] A ceux qui douteraient de cette sympathie de Ferdinand Ier pour les forçats, nous répondrons par un extrait d'une de ses lettres au cardinal Ruffo:

«A Civita-Vecchia, nos bons forçats continuent de se défendre, et les Français réunis aux Cisalpins, ayant donné l'assaut, ont été bravement repoussés par eux. Seul, le saint empereur ne bouge point.»

Cette troupe, qui avait abandonné San-Severo, parce que la ville n'offrait point à ses défenseurs une forte position, avait occupé une colline dont le choix dénonçait, chez les chefs qui la commendaient, quelques connaissances militaires. C'était un monticule planté de lauriers qui dominait une large et longue plaine. L'artillerie des sanfédistes commandait tous les débouchés par lesquels on pouvait entrer dans la plaine, où manœuvrait une belle et nombreuse cavalerie.

Le 25 février, Duhesme avait laissé à Foggia, pour garder ses derrières, Broussier et Hector Caraffa, et avait marché sur San-Severo.

En s'approchant des bourboniens, Duhesme se contenta de leur faire dire:

—A Bovino, j'ai fait fusiller les révoltés et trois soldats coupables de vol; il en sera de même de vous: aimez-vous mieux la paix?

Les bourboniens répondirent:

—Et nous, nous avons fusillé les républicains, les citoyens et les prêtres patriotes qui demandaient la paix; rigueur pour rigueur: la guerre!

Le général divisa sa troupe en trois détachements: l'un marcha sur la ville; les deux autres enveloppèrent la colline, afin qu'aucun sanfédiste ne pût s'échapper.