Le général Forest, qui commandait un des deux détachements, arriva le premier. Il avait cinq cents hommes, à peu près, sous ses ordres, tant en infanterie qu'en cavalerie.
En voyant ces cinq cents hommes et en calculant qu'ils étaient plus de douze mille, les sanfédistes firent sonner le tocsin à San-Severo et descendirent à leur rencontre dans la plaine.
Le détachement français, en voyant cette avalanche d'hommes descendre de la colline, se forma en bataillon carré et s'apprêta à la recevoir sur ses baïonnettes. Mais l'attaque n'avait pas encore commencé, que l'on entendit une vive fusillade qui retentissait dans San-Severo même, et que l'on vit, par une porte, déboucher les fugitifs.
C'était Duhesme en personne qui avait attaqué la ville, qui s'en était emparé et qui apparaissait du côté opposé à Forest.
Cette apparition changeait la face du combat. Les sanfédistes furent obligés de se diviser en deux troupes. Mais, au moment où ils venaient d'achever ce mouvement et où ils commençaient le combat, la troisième colonne apparaissait d'un troisième côté et achevait d'envelopper les bourboniens.
Ceux-ci, se voyant pris dans un triangle de feu, essayèrent de regagner leur première position, imprudemment abandonnée; mais de trois côtés le tambour battit, et les Français s'élancèrent sur les sanfédistes au pas de charge.
Dès que la terrible baïonnette put faire son œuvre sur cette troupe massée en désordre au haut de la colline, ce ne fut plus un combat, ce fut une boucherie.
Duhesme avait à venger trois cents patriotes égorgés et l'insolente réponse faite à son parlementaire.
Les trompettes continuèrent de sonner, donnant le signal de l'extermination. Le carnage dura trois heures. Trois mille cadavres demeurèrent sur le champ de bataille, et, trois heures après, on en eût compté le double si, tout à coup, pareilles à ces Romaines qui vinrent implorer Coriolan, un groupe de femmes tenant leurs enfants par la main ne fût sortie de San-Severo et, en habits de deuil, ne fût venue implorer la pitié des Français.
Duhesme avait juré de brûler San-Severo; mais, à la vue de cette grande douleur des filles, des sœurs, des mères et des épouses, Duhesme fit grâce.