Peut-être, de leur côté, les républicains pensaient-ils que, d'huissier à sbire, il n'y avait que la main.

Ne pouvant offrir son sabre à Manthonnet, il offrit son poignard à Ferdinand.

Ferdinand était moins scrupuleux que la République: il prenait de toute main, tout était bon pour lui, et, moins ses défenseurs avaient à perdre, plus, pensait-il, il avait, lui, à gagner.

La fatalité voulut donc que Sciarpa se trouvât commander le petit détachement sanfédiste qui occupait Castelluccio.

Schipani pouvait sans crainte laisser Castelluccio en arrière: il n'y avait pas de danger que la contre-révolution qu'il renfermait s'étendît au dehors: tous les villages qui l'environnaient étaient patriotes.

On pouvait réduire Castelluccio par la faim. Il était facile de bloquer ce village, qui n'avait que pour trois ou quatre jours de vivres, et qui était en hostilité avec tous les villages voisins.

En outre, pendant le blocus, on pouvait transporter de l'artillerie sur une colline, qui le dominait, et, de là, le réduire par quelques coups de canon.

Malheureusement, ces conseils étaient donnés à un homme incapable de les comprendre par les habitants de Rocca et d'Albanetta. Schipani était une espèce de Henriot calabrais, plein de confiance en lui-même et qui eût cru descendre du piédestal où la République l'avait mis en suivant un plan qui ne venait pas de lui.

Il pouvait, en outre, accepter l'offre des habitants de Castelluccio, qui déclaraient être tout prêts à se réunir à la République et à arborer la bannière tricolore, pourvu que Schipani ne leur fit point la honte de passer en vainqueur par leur ville.

Enfin il pouvait traiter avec Sciarpa, homme de bonne composition, qui lui offrait de réunir ses troupes à celles de la République, pourvu qu'on lui payât sa défection d'un prix équivalant à ce qu'il pouvait perdre en abandonnant la cause des Bourbons.