La vue de cette bannière faisait bondir son cœur de joie; mais, un jour, il arriva au pied du village de Castelluccio, sur le clocher duquel flottait la bannière royale.
Le blanc produisait sur Schipani l'effet que produit le rouge sur les taureaux.
Au lieu de passer en détournant les yeux, au lieu de continuer son chemin vers la Calabre, au lieu de couper aux sanfédistes les défilés des montagnes qui conduisent de Cosenza à Castrovillari, comme la chose lui était expressément recommandée, il se laissa emporter à la colère et voulut punir Castelluccio de son insolence.
Malheureusement, Castelluccio, misérable village contenant quelques milliers d'hommes seulement, était défendu par deux puissances: l'une visible, l'autre invisible.
La puissance visible était sa position; la puissance invisible était le capitaine, ou plutôt l'huissier Sciarpa.
Sciarpa, un des hommes dont la renommée s'est élevée à la hauteur de celles des Pronio, des Mammone, des Fra-Diavolo, était encore complétement inconnu à cette époque.
Comme nous l'avons dit, il avait occupé un des bas emplois du barreau de Salerne. La révolution venue, la république proclamée, il en adopta les principes avec ardeur et demanda à passer dans la gendarmerie.
D'huissier à gendarme, peut-être pensait-il qu'il n'y avait que la main à étendre, qu'un pas à faire.
A sa demande, il reçut cette imprudente réponse:
«Les républicains n'ont pas besoin des sbires dans leurs rangs.»