En effet, les maisons étaient crénelées.

Cette fois encore, le comte de Ruvo indiqua par l'exemple une autre manière d'attaque. On escalada les maisons comme on avait fait des murailles; on éventra les terrasses, et, par les toits, on se laissa glisser dans les intérieurs. On combattait en l'air d'abord, comme ces fantômes que Virgile vit annonçant la mort de César; puis, de chambre en chambre, d'escalier en escalier, corps à corps, à la baïonnette, arme la plus familière aux Français, la plus terrible à leurs ennemis.

Après trois heures d'une lutte acharnée, les armes tombèrent des mains des assaillants: Trani était prise. Un conseil de guerre se réunit. Broussier inclinait à la clémence. Nu encore, couvert de poussière, tout marbré du sang ennemi et du sien, son sabre faussé et ébréché à la main, Hector Caraffa, comme un autre Brennus, jeta son avis dans la balance, et, cette fois encore, il l'emporta. Son avis était: Mort et incendie. Les assiégés furent passés au fil de l'épée, la ville fut réduite en cendres.

Les troupes françaises laissèrent Trani fumante encore. Le comte de Ruvo, comme un juge armé de la vengeance des dieux, en sortit avec eux, et avec eux sillonna la Pouille, laissant sur ses pas la ruine et la dévastation, qu'à l'autre extrémité de l'Italie méridionale répandaient, de leur côté, les soldats de Ruffo. Quand les insurgés imploraient sa pitié pour les cités rebelles: «Ai-je épargné ma propre ville?» répondait-il. Quand ils lui demandaient la vie, il leur montrait ses blessures, dont toujours quelques-unes étaient assez fraîches pour que le sang en coulât encore, et il répondait en frappant: «Ai-je épargné ma propre vie?»

Mais, en même temps qu'arrivait à Naples la nouvelle de la triple victoire de Duhesme, de Broussier et d'Hector Caraffa, on y apprenait la défaite de Schipani.

XLVIII
SCHIPANI

Nous avons dit qu'en même temps qu'Hector Caraffa avait été envoyé contre de Cesare, Schipani avait été envoyé contre le cardinal.

Schipani avait été nommé au poste élevé de chef de corps, non point à cause de ses talents militaires, car, quoique entré jeune au service, il n'avait jamais eu l'occasion de combattre, mais à cause de son patriotisme bien connu et de son courage incontestable.—Nous l'avons vu à l'œuvre, conspirant sous le poignard des sbires de Caroline.—Mais les vertus du citoyen, le courage du patriote ne sont que des qualités secondaires sur le champ de bataille, et, là, mieux vaut le génie du douteux Dumouriez que l'honnêteté de l'inflexible Roland.

Aussi lui avait-il été expressément recommandé par Manthonnet de ne point livrer bataille, de se contenter de garder les défilés de la Basilicate, comme Léonidas avait gardé les Thermopyles et d'arrêter purement et simplement la marche de Ruffo et de ses sanfédistes.

Schipani, plein d'enthousiasme et d'espérance, traversa Salerne et plusieurs autres villes amies sur lesquelles flottait la bannière de la République.