Il avait, dans cette reconnaissance, découvert un petit fortin caché parmi les écueils, qui, n'étant point menacé, puisqu'il s'élevait du côté de la mer, lui parut mal gardé.

Il revint vers ses compagnons et demanda vingt hommes de bonne volonté, tous nageurs.

Il s'en présenta quarante.

Hector leur ordonna de ne conserver que leur caleçons, de lier leur giberne sur leur tête, de prendre leur sabre entre leurs dents, de tenir leur fusil de la main gauche, de nager de la droite, et, en restant couverts le plus possible, de s'avancer vers le fortin.

Entièrement nu, Hector leur servait de guide, les encourageant, les soutenant sous les épaules quand l'un ou l'autre était fatigué.

Ils atteignirent ainsi le pied des murailles, trouvèrent un vieux mur troué, passèrent par le trou, et, se suspendant aux aspérités de la pierre, atteignirent la crête du bastion, avant d'avoir été éventés par les sentinelles, qui furent poignardées sans qu'elles eussent eu le temps de jeter un seul cri.

Hector et ses hommes se précipitèrent dans l'intérieur du bastion, tuèrent tout ce qui s'y trouvait, tournèrent immédiatement les canons sur la ville et firent feu[4].

[4] Ce coup de main si hardi et si heureux m'a été raconté par le général Exelmans, qui, aide de camp à cette époque, faisait partie des quarante nageurs et entra le second dans le fortin.

C'était le boulet sorti d'un de ces canons qui avait coupé en deux et précipité du haut des murailles le soldat bourbonien dont la mort et la chute avaient fait penser à bon droit à Broussier qu'il se passait quelque chose d'extraordinaire dans la ville.

En voyant venir l'attaque du côté où ils avaient placé la défense, la mort du point même où ils attendaient leur salut, les bourboniens poussèrent de grand cris et s'élancèrent du côté d'où venaient ces nouveaux assaillants, déjà renforcés de ceux de leurs compagnons qu'ils avaient laissés sur la plage. De leur côté, les grenadiers, sentant faiblir la défense, reprirent l'offensive, marchèrent contre la muraille, y appuyèrent les échelles et donnèrent l'assaut. Après un combat d'un quart d'heure, les Français, vainqueurs, couronnaient les murailles, et Hector Caraffa, nu comme le Romulus de David, guidant ses compagnons demi-nus et tout ruisselants d'eau, s'élançait dans une des rues de Trani; car être maître des murailles et des bastions, ce n'était point être maître de la ville.