Quoique habitué aux choses extraordinaires, il ne s'attendait pas à celle-ci.
Une troupe de mille hommes à peu près, ayant colonel, capitaines, lieutenants et sous-lieutenants, vêtus de jaune et de rouge, boitant tous d'une jambe, venaient se joindre à l'armée de la sainte foi.
Le cardinal reconnut des forçats. Les habillés de jaune, qui représentaient les voltigeurs, étaient les condamnés à temps; les rouges, qui représentaient les grenadiers et, par conséquent, avaient le privilége de marcher en tête, étaient les condamnés à perpétuité.
Ne comprenant rien à cette formidable recrue, le cardinal fit appeler leur chef. Leur chef se présenta. C'était un homme de quarante à quarante-cinq ans, nommé Panedigrano, condamné aux travaux forcés à perpétuité pour huit ou dix meurtres et autant de vols.
Ces détails lui furent donnés par le forçat lui-même avec une merveilleuse assurance.
Le cardinal lui demanda alors à quelle heureuse circonstance il devait l'honneur de sa compagnie et de celle de ses hommes.
Panedigrano raconta alors au cardinal que, lord Stuart étant venu prendre possession de la ville de Messine, il avait jugé inconvenant que les soldats de la Grande-Bretagne logeassent sous le même toit que des forçats.
En conséquence, il avait mis ces derniers à la porte, les avait entassés sur un bâtiment, leur avait laissé la faculté de nommer leurs chefs et les avait débarqués au Pizzo, en leur faisant ordonner par le capitaine de la felouque de continuer leur route jusqu'à ce qu'ils eussent rejoint le cardinal.
Le cardinal rejoint, ils devaient se mettre à sa disposition.
C'est ce que fit Panedigrano avec toute la grâce dont il était capable.