Mais, lorsque ceux qui n'étaient point prévenus où ce corps avait pris son origine le voyaient marcher à l'avant-garde, c'est-à-dire au poste le plus dangereux, ils s'étonnaient que tous boitassent, soit de la jambe droite, soit de la jambe gauche.

Chacun boitait de la jambe dont il avait tiré la chaîne.

Ce fut avec cette avant-garde exceptionnelle que le cardinal continua sa marche sur Naples, dont les chemins lui était livrés par la défaite de Schipani à Castelluccio.

Ce sera, au reste, à notre avis, une grande leçon pour les peuples et pour les rois que de comparer à cette marche du cardinal Ruffo celle qui fut exécutée, soixante ans plus tard, par Garibaldi, et d'opposer, au prélat représentant le droit divin, l'homme de l'humanité représentant le droit populaire.

L'un, celui qui est revêtu de la pourpre romaine, qui marche au nom de Dieu et du roi, passe à travers le pillage, les homicides, l'incendie, laissant derrière lui les larmes, la désolation et la mort.

L'autre, vêtu de la simple blouse du peuple, de la simple casaque du marin, marche sur une jonchée de fleurs et s'avance au milieu de la joie et des bénédictions, laissant sur ses pas les peuples libres et radieux.

Le premier a pour alliés les Panedigrano, les Scarpa, les Fra-Diavolo, les Mammone, les Pronio, c'est-à-dire des forçats et des voleurs de grand chemin.

L'autre a pour lieutenants les Tuckery, les de Flotte, les Turr, les Bixio, les Teleki, les Sirtori, les Cosenza, c'est-à-dire des héros.

XLIX
LE CADEAU DE LA REINE

C'est une chose bizarre et qui présente un singulier problème à résoudre au philosophe et à l'historien que le soin que prend la Providence de faire réussir certaines entreprises qui marchent évidemment à l'encontre de la volonté de Dieu.