Pour ne point fatiguer son arabe, ce jour-là, le cardinal décida qu'on le conduirait en main et se fit amener un cheval alezan.
On se mit en marche.
Vers onze heures du matin, en traversant le bois de Ritorto-Grande, près de Tarsia, un prêtre qui était monté sur un cheval blanc et qui marchait à l'avant-garde, servit de point de mire à une fusillade qui tua roide le cheval sans toucher le cavalier.
A peine le bruit eut-il éclaté que l'on avait tiré sur le cardinal,—et, en effet, le prêtre avait été pris pour lui,—qu'il se répandit dans l'armée sanfédiste et y souleva une telle fureur, qu'une vingtaine de cavaliers s'élancèrent dans le bois et se mirent à la poursuite des assassins. Douze furent pris, dont quatre étaient sérieusement blessés.
Deux furent fusillés; les autres, condamnés à une prison perpétuelle dans la forteresse de Maritima.
L'armée sanfédiste s'arrêta deux jours après avoir traversé la plaine où s'élevait l'antique Sybaris, aujourd'hui maremmes infectés: la halte eut lieu dans la buffalerie du duc de Cassano.
Arrivé là, le cardinal la passa en revue. Elle se composait de dix bataillons complets de cinquante hommes chacun, tirés tous de l'armée de Ferdinand. Ils étaient armés de fusils de munition et de sabres seulement, un tiers des fusils, à peu près, manquait de baïonnette.
La cavalerie consistait en douze cents chevaux. Cinq cents hommes appartenant à la même arme suivaient à pied, manquant de monture.
En outre, le cardinal avait organisé deux escadrons de campagne, composés de bargelli, c'est-à-dire de gens de la prévôté et de campieri. Ce corps était le mieux équipé, le mieux armé, le mieux vêtu.
L'artillerie consistait en onze canons de tout calibre et en deux obusiers. Les troupes irrégulières, c'est-à-dire celles que l'on appelait les masses, montaient à dix mille hommes et formaient cent compagnies de chacune cent hommes. Elles étaient armées à la calabraise, c'est-à-dire de fusils, de baïonnettes, de pistolets, de poignards, et chaque homme portait une de ces énormes cartouchières nommées patroncina, pleine de cartouches et de balles. Ces cartouchières, qui avaient plus de deux palmes de hauteur, couvraient tout le ventre et formaient une espèce de cuirasse.