C'était le capitaine de la première compagnie envoyée à la découverte par le cardinal, et auquel il avait été ordonné de faire toutes les recherches possibles, afin de retrouver les ingénieurs Vinci et Olivieri, ainsi que le parlementaire Vecchione.
Voici les nouvelles qu'il apportait. En entrant dans l'église de San-Francisco, on avait trouvé des traces de sang frais: on avait suivi ces traces, elles avaient conduit à un caveau plein de royalistes, morts ou mourants de leurs blessures. C'étaient les quarante suspects qu'avait fait arrêter Nicolo Palomba et qui, enchaînés deux à deux, avaient été fusillés en masse dans le réfectoire de Saint-François, le soir précédent, au moment où l'on avait entendu cette fusillade suivie d'un profond silence.
Après quoi, on les avait, morts ou respirant encore, jetés pêle-mêle dans ce caveau.
C'était ce spectacle qui avait bouleversé l'officier envoyé dans la ville par le cardinal.
En apprenant que quelques-uns de ces malheureux respiraient encore, le cardinal se rendit à l'instant même à l'église Saint-François et ordonna que, morts ou vivants, tous fussent tirés hors du caveau où ils avaient été jetés. Trois seulement, qui n'étaient point mortellement atteints, furent soignés et guéris parfaitement. Cinq ou six autres qui respiraient encore moururent dans le courant de la journée sans avoir même repris connaissance.
Les trois qui survécurent étaient: le père Maestro Lomastro, ex-provincial des dominicains, lequel, vingt-cinq ans après, mourut de vieillesse; Emmanuel de Mazzio di Matera; et le parlementaire don Raffaelo Vecchione, qui ne mourut, lui, qu'en 1820 ou 1821, employé à la secrétairerie de la guerre.
Les deux ingénieurs Vinci et Olivieri étaient au nombre des morts.
Les écrivains royalistes avouent eux-mêmes que le sac d'Altamura fut une épouvantable chose.
«Qui pourra jamais—dit ce même Vicenzo Durante, lieutenant de de Cesare, et qui a écrit l'histoire de cette incroyable campagne de 99—qui pourra jamais se rappeler sans sentir les pleurs jaillir de ses yeux le deuil et la désolation de cette pauvre ville! Qui pourra décrire cet interminable pillage de trois jours qui cependant fut insuffisant à satisfaire la cupidité du soldat!
»La Calabre, la Basilicate et la Pouille furent enrichies des trophées d'Altamura. Tout fut enlevé aux habitants, auxquels on ne laissa que le douloureux souvenir de leur rébellion.»