Pendant, trois jours, Altamura épuisa toutes les horreurs que la guerre civile la plus implacable réserve aux villes prises d'assaut. Les vieillards et les enfants restés chez eux furent égorgés, le couvent de jeunes filles fut profané. Les écrivains libéraux, et entre autres Coletta, cherchent inutilement dans les temps modernes un désastre pareil à celui d'Altamura, et ils sont obligés, pour obtenir un point de comparaison, de remonter à ceux de Sagonte et de Carthage.

Il fallut qu'une action horrible s'accomplît sous les yeux du cardinal pour que celui-ci osât donner l'ordre de cesser le carnage.

On trouva un patriote caché dans une maison; on l'amena devant le cardinal, qui, sur la place publique, au milieu des morts, les pieds dans le sang, entouré de maisons incendiées et croulantes, disait un Te Deum d'actions de grâces sur un autel improvisé.

Ce patriote se nommait le comte Filo,

Au moment où il s'inclinait pour demander la vie, un homme qui se disait parent de l'ingénieur Olivieri, retrouvé, comme nous l'avons dit, parmi les morts, s'approcha de lui, et, à bout portant, lui tira un coup de fusil. Le comte Filo tomba mort aux pieds du cardinal, et son sang rejaillit sur sa robe de pourpre.

Ce meurtre, accompli sous les yeux du cardinal, lui fut un prétexte pour ordonner la fin de toutes ces horreurs. Il fit battre la générale: tous les officiers et tous les prêtres eurent ordre de parcourir la ville et de faire cesser le pillage et les meurtres qui duraient depuis trois jours.

Au moment où il venait de donner cet ordre, on vit s'avancer au galop de son cheval un homme portant l'uniforme d'officier napolitain. Cet homme arrêta sa monture devant le cardinal, mit pied à terre et lui présenta respectueusement une lettre de l'écriture de la reine.

Le cardinal reconnut cette écriture, baisa la lettre, la décacheta et lut ce qui suit:

«Braves et généreux Calabrais!

»Le courage, la valeur et la fidélité que vous montrez pour la défense de notre sainte religion catholique et de votre bon roi et père établi par Dieu lui-même pour régner sur vous, vous gouverner et vous rendre heureux, ont excité dans notre âme un sentiment de si vive satisfaction et de reconnaissance si grande, que nous avons voulu broder de nos propres mains la bannière que nous vous envoyons[5].

[5] Inutile de dire que cette lettre, copiée sur l'original, est, comme toutes les pièces que nous citons, traduite avec la plus sévère exactitude.