—Pardon, mon général: j'ignorais cette circonstance; sans quoi, je vous avoue que je ne vous eusse point nommé M. Mejean.

—C'est bien. Et vous aviez quelque chose à me dire dans le cas où je serais rappelé dans l'Italie centrale?

—J'avais à vous dire, mon général, que je suis un enfant de ce malheureux pays que vous abandonnez; que, privé de l'appui des Français, il va avoir besoin de toutes ses forces et surtout de tous ses dévouements. Pouvez-vous, en quittant Naples, mon général, me laisser un commandement quelconque, si infime qu'il soit, le commandement du château de l'Œuf, le commandement du château del Carmine, comme vous laissez le commandement du château Saint-Elme au colonel Mejean?

—Je laisse le commandement du château Saint-Elme au colonel Mejean par ordre exprès du Directoire. L'ordre porte le nombre d'hommes que je dois y laisser et le chef sous les ordres duquel je dois laisser ces hommes. Mais, n'ayant rien reçu de pareil relativement à vous, je ne puis prendre sur moi de priver l'armée d'un de ses meilleurs officiers.

—Mon général, répondit Salvato, de ce même ton ferme dont lui parlait Macdonald et auquel l'avait si peu habitué Championnet, qui le traitait comme son fils,—mon général, ce que vous me dites là me désespère; car, convaincu que je suis de la nécessité de ma présence dans ce pays, et ne pouvant oublier que je suis Napolitain avant d'être Français, et que, par conséquent, je dois ma vie à Naples avant de la devoir à la France, je serais obligé, sur un refus formel de votre part de me laisser ici, je serais obligé de vous donner ma démission.

—Pardon, monsieur, répondit Macdonald, j'apprécie d'autant mieux votre position, que, de même que vous êtes Napolitain, je suis, moi, Irlandais, et que, quoique né en France de parents qui, depuis longtemps, y étaient fixés, si je me trouvais à Dublin dans les conditions où vous êtes à Naples, peut-être le souvenir de la patrie se réveillerait-il en moi et ferais-je la même demande que vous faites.

—Alors, mon général, dit Salvato, vous acceptez ma démission?

—Non, monsieur; mais je vous accorde un congé de trois mois.

—Oh! mon général! s'écria Salvato.

—Dans trois mois, tout sera fini pour Naples…