—Comment l'entendez-vous, mon général?
—C'est bien simple, dit Macdonald avec un triste sourire: je veux dire que, dans trois mois, le roi Ferdinand sera remonté sur son trône, que les patriotes seront tués, pendus ou proscrits. Pendant ces trois mois-là, monsieur, consacrez-vous à la défense de votre pays. La France n'aura rien à voir à ce que vous ferez, ou, si elle y voit quelque chose, elle n'aura probablement qu'à y applaudir; et, si dans trois mois, vous n'êtes ni tué ni pendu, revenez reprendre parmi nous, près de moi, s'il est possible, le rang que vous occupez dans l'armée.
—Mon général, dit Salvato, vous m'accordez plus que je n'osais espérer.
—Parce que vous êtes de ceux, monsieur, à qui l'on n'accordera jamais assez. Avez-vous un ami à me présenter pour tenir votre commandement en votre absence de la brigade?
—Mon général, il me ferait grand plaisir, je vous l'avoue, d'être remplacé par mon ami de Villeneuve; mais…
Salvato hésita.
—Mais? reprit Macdonald.
—Mais Villeneuve était officier d'ordonnance du général Championnet, et peut-être cet emploi occupé par lui n'est-il pas aujourd'hui un titre de recommandation.
—Près du Directoire, c'est possible, monsieur; mais près de moi il n'y a de titre de recommandation que le patriotisme et le courage. Et vous en êtes une preuve, monsieur; car, si M. de Villeneuve était officier d'ordonnance du général Championnet, vous étiez, vous, son aide de camp, et c'est avec ce titre, s'il m'en souvient, que vous avez si vaillamment combattu à Civita-Castellana. Écrivez vous-même à votre ami M. de Villeneuve, et dites-lui qu'à votre demande, je me suis empressé de lui confier le commandement intérimaire de votre brigade.
Et, de la main, il désigna au jeune homme le bureau où il écrivait lui-même lorsque Salvato était entré. Salvato s'y assit et écrivit, d'une main tremblante de joie, quelques lignes à Villeneuve.