Les passagers, privés de toute nouvelle depuis leur séjour en Égypte, ignoraient que Naples fût en guerre avec la France.

On mouilla à une petite île située à une lieue de Tarente, à peu près; de cette île, le général Dumas avait envoyé le patron au gouverneur de la ville pour exposer la détresse des passagers et réclamer des secours.

Le capitaine rapporta du gouverneur de Tarente une réponse verbale qui invitait les Français à débarquer en toute confiance.

En conséquence, la Belle-Maltaise reprit la mer, et, une demi-heure après, elle entrait dans le port de Tarente.

Les passagers descendirent les uns après les autres, furent fouillés, entassés dans la même chambre, où l'on finit par leur déclarer qu'ils étaient prisonniers de guerre.

Le troisième jour, on donna, aux trois prisonniers principaux, c'est-à-dire au général Manscourt, à Dolomieu et au général Dumas une chambre particulière.

Ce fut alors que Dolomieu, en son nom et en celui de ses compagnons, écrivit au cardinal Ruffo pour se plaindre à lui de la violation du droit des gens et lui apprendre de quelle trahison ils étaient victimes.

Le cardinal répondit à Dolomieu que, sans entrer en discussion sur le droit qu'avait ou n'avait pas le roi de Naples de le retenir prisonnier ainsi que les deux généraux français et ses autres compagnons, il lui faisait seulement connaître qu'il lui était impossible de lui accorder un passage par voie de terre, ne sachant pas d'escorte assez puissante et assez courageuse pour les empêcher d'être massacrés en traversant la Calabre, tout entière insurgée contre les Français; que, quant à les renvoyer en France par la voie de mer, il ne le pouvait sans la permission des Anglais; que tout ce qu'il pouvait faire était d'en référer au roi et à la reine.

Il ajoutait, en manière de conseil, qu'il invitait les généraux Manscourt et Alexandre Dumas à traiter avec les généraux en chef des armées de Naples et d'Italie de leur échange avec le colonel Boccheciampe, qui venait d'être fait prisonnier, déclarant que le roi de Naples faisait plus de cas del signor Boccheciampe tout seul que de tous les autres généraux napolitains prisonniers, soit en France, soit en Italie.

Des négociations, furent, en conséquence, ouvertes sur cette base; mais bientôt on apprit que Boccheciampe, blessé dans l'affaire où il avait été fait prisonnier, était mort des suites de ses blessures.