—Et vous partez ainsi seul, sans escorte? lui dit Salvato.

—Les accusés sont sous la garde de Dieu, répondit Championnet.

Les deux amis échangèrent un dernier signe d'adieu, et la voiture partit.


Le général Championnet a pris une trop large part aux événements que nous venons de raconter et a laissé une trop grande mémoire de lui à Naples pour que, l'accompagnant en France, nous ne le suivions pas jusqu'à la fin de sa glorieuse vie, qui, au reste, ne devait pas être longue.

En passant par Rome, une dernière ovation attendait le général Championnet; le peuple romain, qu'il avait rendu libre, lui offrit un équipement complet, armes, uniforme, cheval, avec cette inscription:

Au général Championnet
les consuls de la république romaine.

Avant de quitter la ville éternelle, il reçut, en outre, du gouvernement napolitain la lettre suivante:

«Général,

»Rien ne vous peindra la douleur du gouvernement provisoire, lorsqu'il a appris la funeste nouvelle de votre départ. C'est vous qui avez fondé notre république; c'est sur vous que reposaient nos plus douces espérances. Brave général, vous emportez nos regrets, notre amour, notre reconnaissance.

»Nous ignorons quelles seront les intentions de votre successeur à notre égard: nous espérons qu'il sera assez ami de la gloire et de son devoir pour affermir votre ouvrage; mais, quelle que soit sa conduite, nous ne pourrons jamais oublier la vôtre, cette modération, cette douceur, ce caractère franc et loyal, cette âme grande et généreuse qui vous attiraient tous les cœurs. Ce langage n'est point celui de la flatterie: vous êtes parti, et nous n'avons plus à attendre de vous qu'un doux souvenir.»

Nous avons dit que la mémoire laissée par Championnet à Naples, était grande. Son départ y fut considéré, en effet, comme une calamité publique, et, deux ans après son départ, l'historien Cuoco écrivait dans l'exil: