—Allons, mon cher Salvato, dit le général, l'heure est venue de se quitter. Ma consolation est, en prenant la mauvaise route, de vous laisser au moins dans la bonne. Nous reverrons-nous jamais? J'en doute. Dans tous les cas, vous qui avez été plus que mon ami, presque mon enfant, gardez ma mémoire.

—Oh! toujours! toujours! murmura Salvato. Mais pourquoi ces pressentiments. Vous êtes rappelé, voilà tout.

Championnet tira un journal de sa poche et le donna à Salvato.

Salvato le déplia: c'était le Moniteur. Il y lut les lignes suivantes:

«Attendu que le général Championnet a employé l'autorité et la force pour empêcher l'action du pouvoir conféré par nous au commissaire Faypoult et que, par conséquent, il s'est mis en rébellion ouverte contre le gouvernement, le citoyen Championnet, général de division, commandant l'armée de Naples, sera mis en arrestation, traduit devant un conseil de guerre et jugé pour son infraction aux lois.»

—Vous voyez, cher ami, reprit Championnet, que c'est plus sérieux que vous ne croyiez.

Salvato poussa un soupir, et, haussant les épaules:

—Général, je puis affirmer une chose, dit-il, c'est que, si vous êtes condamné, il y aura au monde une ville qui effacera Athènes, en ingratitude: cette ville sera Paris.

—Hélas! dit Championnet, je m'en consolerais si j'étais Thémistocle.

Et, serrant à son tour Salvato contre son cœur, il s'élança dans la voiture.