Le lendemain, à trois heures précises, Salvato était au palais d'Angri. Aucun préparatif n'annonçait un départ. Championnet, comme d'habitude, travaillait dans son cabinet; en voyant entrer le jeune homme, il se leva et lui tendit la main.

—Vous êtes exact, mon cher Salvato, lui dit-il, et je vous remercie de votre exactitude. Là, maintenant, si vous le voulez bien, nous allons aller faire une petite promenade.

—A pied? demanda Salvato.

—Oui, à pied, répondit Championnet. Venez.

A la porte, Championnet s'arrêta, et jetant un dernier regard sur le cabinet qu'il habitait depuis deux mois et où il avait décidé, décrété et exécuté de si grandes choses:

—On assure que les murs ont des oreilles, dit-il; s'ils ont une voix, j'adjure ceux-ci de parler et de témoigner s'ils ont jamais entendu dire, s'ils ont jamais vu faire une chose qui ne fût pas pour le bien de l'humanité depuis que j'ai ouvert, comme général en chef, cette porte que je referme sur moi comme accusé.

Et il referma la porte et descendit l'escalier, le visage souriant et appuyé au bras de Salvato.

XLIV
L'ACCUSÉ

Le général et son aide de camp suivirent la rue de Toledo jusqu'au musée Bourbonien, descendirent la strada dei Studi, traversèrent le largo delle Pigne, suivirent la strada Foria, et gagnèrent Poggiareale.

Là, une voiture attendait Championnet, ayant pour toute escorte son valet de chambre Scipion, assis sur le siége.