Deux personnes étaient dans la cabine de Nelson au moment où il rendit cette sentence. Fidèle au serment qu'elle avait fait à la reine, Emma resta impassible et ne dit pas une parole en faveur du condamné. Sir William Hamilton, quoique médiocrement tendre à son égard, après avoir lu la sentence que venait d'écrire Nelson, ne put s'empêcher de lui dire:
--La miséricorde veut que l'on accorde vingt-quatre heures aux condamnés pour se préparer à la mort.
--Je n'ai point de miséricorde pour les traîtres, répondit Nelson.
--Alors, sinon la miséricorde, du moins la religion.
Mais, sans répondre à sir William, Nelson lui prit la sentence des mains, et, la tendant au comte de Thurn:
--Faites exécuter, dit-il.
LXXXII
L'EXÉCUTION
Nous l'avons dit et nous le répétons, dans ce funèbre récit,--qui imprime une si sombre tache à la mémoire d'un des plus grands hommes de guerre qui aient existé,--nous n'avons rien voulu donner à l'imagination, quoiqu'il soit possible que, par un artifice de l'art, nous ayons eu l'espoir d'arriver à produire sur nos lecteurs une plus profonde impression que par la simple lecture des pièces officielles. Mais c'était prendre une trop grave responsabilité, et, puisque nous en appelons d'office à la postérité du jugement de Nelson, puisque nous jugeons le juge, nous voulons que, tout au contraire du premier jugement, fruit de la colère et de la haine, l'appel ait tout le calme et toute la solennité d'une cause loyale et sûre de son succès.
Nous allons donc renoncer à ces auxiliaires qui nous ont si souvent prêté leur puissant concours, et nous en tenir à la relation anglaise, qui doit naturellement être favorable à Nelson et hostile à Caracciolo.