Joseph Palmieri, dans un court voyage qu'il avait fait à Molise, avait trouvé une douzaine d'hommes dévoués, qu'il avait ramenés avec lui à Naples.
Un de ses anciens amis, agrégé à la corporation des bianchi, s'était chargé, sous le prétexte d'assister Salvato comme pénitent, de faire savoir au condamné ce qui se tramait pour son salut.
Un des paysans de Joseph Palmieri avait barré la rue avec une charrette de bois.
L'autre attendait le passage du cortége avec une charrette attelée de deux buffles, tenant presque toute la largeur de la rue.
Le cortége, passé, le paysan avait laissé tomber dans l'oreille de chacun du ses buffles un morceau d'amadou allumé.
Les buffles étaient entrés en fureur et s'étaient élancés en mugissant dans la rue, renversant tout ce qu'ils rencontraient devant eux.
De là le désordre dont Salvato avait profité.
Ce désordre ne s'était point calmé à la disparition de Salvato.
Nous avons dit que Michele avait été tenté de suivre celui-ci, mais avait été arrêté par le vieux pêcheur Basso Tomeo, qui avait juré de le disputer au bourreau.
Et, en effet, une lutte s'était établie non-seulement entre les lazzaroni, qui voulaient mettre Michele en pièces, attendu qu'il avait déshonoré leur respectable corps en portant l'uniforme français, mais encore entre eux et Michele, qui, à tout prendre, aimait encore mieux être pendu que mis en pièces.