—Oui, oui, dit le capitaine; mais en voilà encore un qui reparaît derrière toi: c'est Vicenzo.
—A moi! cria Vicenzo; je sens que j'ai la jambe cassée, je ne puis pas me soutenir sur l'eau.
—Poussons-le au bâtiment, capitaine; il se mettra à cheval dessus, et, tant qu'il ne sera pas coulé tout à fait, eh bien! il aura la chance d'être vu par quelque barque de pêche. Courage! Vicenzo, courage!
Nous le primes chacun par-dessous un bras, et nous le soutînmes sur l'eau; puis, arrivé au bâtiment, il s'y cramponna, et, à l'aide de ses deux mains et de sa bonne jambe, il parvint à se jucher sur la quille.—Ah! dit-il quand il fut assuré sur sa machine, je vois les autres: un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit, vous deux ça fait dix, et moi ça fait onze: il n'en manque qu'un. Celui qui manquait s'appelait Jordano; nous n'en entendîmes jamais parler.
—Allons! dis-je au capitaine, il faut nager de concert et piquer droit au cap. C'est un peu loin, dam! et il y en a quelques-uns qui resteront en route; mais c'est égal, il ne faut pas que cela vous effraie.—Allons, en avant la coupe et la marinière.
—Bon voyage! nous cria Vicenzo.
—Encore un mot, vieux.
—Hein?
—Vois-tu mon frère?
—Oui, c'est le second là-bas.