À ces mots, le jeune sauvage laissa retomber sa tête dans ses mains et rentra dans son immobilité, la vieille soulevant la natte: elle apportait le souper. Le capitaine Pamphile passa le couteau à sa ceinture, la vieille jeta de nouveau les yeux sur la montre.
—Mon fil, dit-elle, a rencontré un homme blanc sur le sentier de la guerre; il a tué l'homme blanc et lui a pris cette chaîne, puis il l'a frottée pour en effacer le sang. Voilà pourquoi elle est si brillante.
—Ma mère se trompe, dit le capitaine Pamphile commençant à soupçonner le danger inconnu dont l'avait prévenu l'Indien: j'ai remonté la rivière Outava jusqu'au lac Supérieur, pour chasser le buffle et le castor; puis, quand j'ai eu beaucoup de peaux, j'ai été à la ville, et j'en ai échangé la moitié contre de l'eau-de-feu, et l'autre moitié contre cette montre.
—J'ai deux fils, continua la vieille en posant la viande et l'eau-de-vie sur la table, qui chassent depuis dix ans le buffle et le castor, et jamais ils n'ont porté assez de peaux à la ville pour revenir avec une chaîne pareille. Mon fils a dit qu'il avait faim et soif, continua-t-elle, mon fils peut boire et manger.
—Mon frère des prairies ne soupe-t-il pas? dit le capitaine Pamphile s'adressant au jeune Sioux et approchant son escabeau de la table.
—La douleur nourrit, répondit le jeune chasseur sans faire un seul mouvement; je n'ai ni faim ni soif; j'ai sommeil et je vais dormir; que le Grand Esprit garde mon frère!
—Combien mon fils a-t-il donné de peaux de castors pour cette montre? interrompit la vieille revenant à son sujet favori.
—Cinquante, répondit à tout hasard le capitaine Pamphile en attaquant bravement un filet de buffle.
—J'ai ici dix peaux d'ours et vingt peaux de castor; je les donne à mon fils rien que pour la chaîne.
—La chaîne tient à la montre, répondit le capitaine, on ne peut pas les séparer; d'ailleurs, je désire ne me défaire ni de l'une ni de l'autre.