— Est-ce donc ma faute, s'écria Paul, si Dieu s'est chargé de le leur révéler? Est-ce moi qui ai conduit Marguerite, éplorée et tremblante, près de son père mourant, dont elle allait demander l'appui et dont elle a entendu la confession? Est-ce moi qui l'ai ramenée chez Achard, et n'est-ce pas vous qui l'y avez suivie? Quant à Emmanuel, le coup que vous avez entendu et cette glace brisée font foi que j'aimais mieux mourir que de sauver ma vie aux dépens de votre secret. Non, non, croyez-moi, madame, je suis l'instrument et non le bras, l'effet et non la volonté. Non, madame, c'est Dieu qui a tout conduit dans sa providence infinie pour que vous ayez à vos pieds, comme vous venez de les y voir, les deux enfants que vous avez écartés si longtemps de vos bras!

— Mais il en est un troisième, dit la marquise d'une voix où commençait enfin à percer quelque émotion, et je ne sais ce que je dois attendre de celui-là…

— Laissez-lui accomplir un dernier devoir, madame; et, ce devoir accompli, il demandera vos ordres à genoux.

— Et quel est ce devoir? répondit la marquise.

— C'est de rendre à son frère le rang auquel il a droit, à sa soeur le bonheur qu'elle a perdu, à sa mère la tranquillité qu'elle implore et qu'elle ne peut trouver.

— Et cependant, reprit la marquise étonnée, grâce à vous, monsieur de Maurepas a refusé à monsieur de Lectoure le régiment qu'il lui demandait pour mon fils.

— Parce que, dit Paul, tirant le brevet de sa poche et le déposant sur la table, parce que le roi venait de me l'accorder pour mon frère.

La marquise y jeta les yeux et vit effectivement le nom d'Emmanuel.

— Et cependant, continua-t-elle, vous voulez donner Marguerite à un homme sans nom, sans fortune… et, qui plus est, proscrit?

— Vous vous trompez, madame; je veux donner Marguerite à celui qu'elle aime; je veux donner Marguerite, non pas à Lusignan le proscrit, mais à monsieur le baron Anatole de Lusignan, gouverneur pour Sa Majesté de l'île de la Guadeloupe. Voilà sa commission.