— Et je tremblais de le voir! je tremblais en le revoyant! Je ne savais pas, moi… j'ignorais quels sentiments dormaient dans mon propre coeur! Oh! je te bénis! Je te bénis!…

En ce moment la cloche de la chapelle se fit entendre. La marquise tressaillit. L'heure des funérailles était arrivée. Le corps du noble marquis d'Auray, et celui du pauvre Achard allaient être rendus ensemble à la terre. La marquise se leva.

— Cette heure doit être consacrée à la prière, dit-elle. Je me retire.

— Je pars demain, ma mère, lui dit Paul. Ne vous reverrai-je pas?…

— Oh! si! si! s'écria la marquise. Oh! je veux te revoir!

— Eh bien! ma mère, je serai ce soir à l'entrée du parc.

Il est un endroit qui m'est sacré, et auquel j'ai une dernière visite à rendre: je vous y attendrai. C'est là, ma mère, que nous devons nous dire adieu!

— J'irai, dit la marquise.

— Tenez, dit Paul, tenez, ma mère, prenez ce brevet et cette
commission; l'un est pour Emmanuel, l'autre est pour le mari de
Marguerite. Que le bonheur de vos enfants leur vienne de vous!
Croyez-moi, ma mère, c'est à moi que vous avez le plus donné!

La marquise alla s'enfermer dans son oratoire; Paul sortit du château et s'achemina vers la cabane de pêcheur, où nous l'avons déjà vu se rendre une fois, et près de laquelle était fixé son rendez-vous avec Lectoure. Il y trouva Lusignan et Walter.