À l'heure convenue pour la rencontre, Lectoure parut à cheval, s'orientant de son mieux pour arriver au rendez-vous, car il était sans guide, le piqueur qui l'accompagnait étant étranger comme lui aux localités. À sa vue, les jeunes gens sortirent de la cabane.
Le baron les aperçut et piqua droit à eux. Aussitôt qu'il fut à une distance convenable, il mit pied à terre et jeta la bride de sa monture au bras de son domestique.
— Pardon, messieurs, dit-il en s'approchant de ceux qui l'attendaient, pardon de ce que je vous arrive ainsi seul et comme un enfant perdu; mais l'heure choisie par monsieur, il s'inclina devant Paul, qui lui rendit son salut, était justement celle fixée pour les funérailles du marquis: j'ai donc laissé Emmanuel remplir ses devoirs de fils, et je suis venu sans témoin, espérant avoir affaire à un adversaire assez généreux pour me prêter l'un des siens.
— Nous sommes à votre dévotion, monsieur le baron, répondit Paul; voici mes deux seconds. Choisissez, et celui que vous honorerez de votre choix deviendra à l'instant le votre.
— Je n'ai aucune préférence, je vous jure, répondit Lectoure; désignez donc vous-même celui de ces deux messieurs que vous destinez à me rendre ce service.
— Walter, dit Paul, passez du côté de monsieur le baron.
Le lieutenant obéit, les deux adversaires se saluèrent une seconde fois.
— Maintenant, monsieur, continua Paul, permettez que, devant nos témoins respectifs, je vous adresse quelques mots, non pas d'excuses, mais d'explication.
— Faites, monsieur, dit Lectoure.
— Lorsque je vous dis les paroles qui nous amènent ici, les événements qui sont arrivés depuis hier étaient encore cachés dans l'avenir: cet avenir était incertain, monsieur, et pouvait amener avec lui le malheur de toute une famille.