—Je crois qu'il m'aime au contraire, monseigneur, et c'est ce qui m'épouvante.
—Vous vous êtes aperçue de cet amour?
—Il m'en a fait l'aveu.
—Et maintenant que la confession est faite, vous m'avez parlé d'une prière.
—La prière, la voici, monseigneur; cet amour du roi, si peu exigeant qu'il soit, deviendra une tache du moment où je l'aurai autorisé, et même du moment où je l'aurai repoussé, car on aura intérêt à y faire croire, et je ne veux pas être un instant soupçonnée par celui qui m'aime et que je crains d'aimer; la prière est donc, monseigneur, de me renvoyer à mon père. Quel que soit le danger là-bas, il sera moins grand qu'ici.
—Si j'avais affaire à un cœur moins pur et moins noble que le vôtre, moi aussi je me joindrais à ceux qui ne craignent pas de ternir votre pureté et de briser votre cœur; moi aussi je vous dirais: «Laissez-vous aimer de ce roi qui n'a jamais rien aimé au monde et qui, peut-être par vous, commencera enfin à aimer;» Je vous dirais: «Feignez d'être la complice de ces deux femmes qui travaillent à l'abaissement de la France, et soyez mon alliée, à moi, qui veux sa grandeur.» Mais vous n'êtes pas de celles à qui l'on fait de ces propositions; vous désirez quitter la France, vous la quitterez; vous désirez retourner près de votre père, je vous en donnerai les moyens.
—Oh! merci, s'écria la jeune fille en saisissant la main du cardinal et en la baisant avant que celui-ci ait eu le temps de s'y opposer.
—La route ne sera peut-être pas sans danger.
—Les véritables dangers, monseigneur, sont pour moi à cette cour, où je me vois menacée de périls mystérieux et inconnus, où je sens trembler incessamment sous mes pieds le terrain sur lequel je marche, et où l'innocence de mon cœur et la virginité de mes pensées sont des chances de plus de succomber.—Eloignez-moi de ces reines qui conspirent, de ces princes qui feignent des amours qu'ils n'ont pas, de ces courtisans qui intriguent, de ces femmes qui conseillent, comme toutes simples et toutes naturelles, des choses impossibles, et de ces bouches augustes qui promettent, à la honte, les récompenses dues à l'honneur et à la loyauté. Eloignez-moi d'ici monseigneur, et tant qu'il me sera donné par le Seigneur de rester honnête et pure, je vous serai reconnaissante.
—Je n'ai rien à refuser à qui me prie pour une pareille cause et par de semblables instances. Relevez-vous, dans une heure tout sera sinon prêt, du moins arrêté pour votre départ.