Galaor, montagnard comme Moret, comprit à l'instant même l'intention du comte.
Il tira de son fourreau une espèce de poignard à large lame aiguë et tranchante, se jeta sur un térébinthe brisé, et en quelques instants, en eût fait ce que désirait le comte, c'est-à-dire une espèce de traverse d'échelle.
Pendant ce temps, le comte avait déroulé la corde qui l'enveloppait et qui mesurait une longueur double de la distance du malheureux dont ils entreprenaient le sauvetage.
En quelques secondes la traverse fut solidement fixée à l'extrémité de la corde, et après les paroles d'encouragement jetées au malheureux suspendu entre la vie et la mort, il vit descendre à lui la corde et la traverse.
Il s'en empara, s'y attacha solidement au moment même où le sapin déraciné roulait dans le précipice.
Une inquiétude restait; le rocher sur lequel devait glisser la corde était tranchant et pouvait, dans son mouvement d'ascension, couper cette corde.
Par bonheur, les deux femmes venaient de les joindre, et les mulets avec elles. On fit approcher l'un d'eux du bord, mais à une distance cependant qui permit à celui qu'on voulait sauver de poser ses pieds à terre. On passa la corde par-dessus la selle, et tandis qu'Isabelle priait, les yeux tournés contre le rocher, et que Mme de Coëtman maintenait avec une force presque virile le mulet par la bride, les deux hommes s'attachèrent à la corde et, d'un commun effort, la tirèrent à eux.
La corde glissa comme sur une poulie, et au bout de quelques secondes on vit apparaître au niveau du précipice la tête pâle du malheureux qui venait si miraculeusement d'échapper à la mort.
Un cri de joie salua cette apparition, et à ce cri seulement Isabelle se retourna et joignit sa voix à celle de ses compagnons pour crier à son tour:
—Courage, courage, vous êtes sauvé.