En effet, l'homme mettait le pied sur le rocher, et, lâchant la corde, se cramponnait à la selle du mulet.
On fit faire au mulet un pas en arrière, et l'homme, au bout de ses forces, lâcha son nouvel appui, battit l'air de ses bras en faisant entendre une espèce de cri inarticulé, et tomba évanoui dans les bras du comte de Moret.
Le comte de Moret approcha de sa bouche une gourde pleine d'une de ces liqueurs vivifiantes qui ont précédé de cent ans l'alcool, et toujours étaient fabriquées dans les Alpes, et lui en fit boire quelques gouttes.
Il est évident que la force qui l'avait soutenu tant qu'il y avait danger, l'avait abandonné au moment où il avait compris qu'il était sauvé.
Le comte de Moret le coucha le dos appuyé au rocher et, tandis qu'Isabelle lui faisait respirer un flacon de sels alcalins, dénoua la traverse, qu'il jeta loin de lui avec ce dédain qu'a l'homme pour tout instrument ayant rendu le service qu'il devait rendre, et enroula de nouveau la corde autour de sa ceinture.
Galaor, de son côté, remettait avec l'insouciance de son âge son couteau de chasse au fourreau.
Au bout de quelques instants, à la suite de deux ou trois mouvements convulsifs, l'homme ouvrit les yeux.
L'expression de son visage indiquait qu'il ne se souvenait de rien de ce qui lui était arrivé; mais peu à peu la mémoire lui revint, il comprit les obligations qu'il avait à ceux dont il était entouré, et ses premières paroles furent des actions de grâces.
Puis, à son tour, le comte de Moret, qu'il prenait pour un simple montagnard, lui expliqua ce qui s'était passé.
—Je me nomme Guillaume Coutet, lui répondit l'homme. J'ai une femme qui vous doit de n'être pas veuve, trois enfants qui vous doivent de ne pas être orphelins; mais dans quelque circonstance que ce soit, si vous avez besoin de ma vie, demandez la.