—Votre avis, monsieur?
—Mon avis, mon cher Victor, est de suivre celui qui nous est donné; attendu qu'il ne peut nous arriver malheur en le suivant, tandis qu'il peut nous arriver grand malheur en ne le suivant pas.
—Alors, en route, monseigneur.
Le duc s'avança, toujours souriant, au milieu de la salle,
—Mesdames et messieurs, dit-il, je reçois une lettre à laquelle, vu son importance, je dois répondre à l'instant même, aidé des conseils de mon fils.—Ne vous occupez pas de nous; dansez, amusez-vous, ce palais est le vôtre; en notre absence momentanée, notre chère belle-fille, la princesse Christine, voudra bien vous en faire les honneurs.
L'invitation était un ordre. Dames et cavaliers saluèrent en se rangeant sur deux haies pour laisser passer les deux princes, qui sortirent en souriant et en saluant de la main.
Mais une fois hors de la salle, toute feinte cessa: le père et le fils appelèrent un valet de chambre et se firent jeter un manteau sur les épaules, et tels qu'ils étaient, descendirent les escaliers, traversèrent la cour, se rendirent droit aux écuries, firent seller leurs deux meilleurs coureurs, glissèrent des pistolets dans les fontes, enfourchèrent leurs montures et se lancèrent au grand galop sur la route de Turin, dont ils n'étaient éloignés que d'une lieue.
Pendant ce temps, Latil et ses cinquante hommes suivaient, aussi rapidement qu'il leur était possible, la route de Suze à Turin, au moment où la route bifurque et où l'une de ses bifurcations prend à travers terres pour se rendre, par une allée bordée de peupliers, au château de Rivoli, Latil, qui marchait en tête de sa petite troupe, crut voir une ombre qui s'avançait rapidement.
De son côté, le cavalier—car cette ombre était celle d'un cavalier et même d'un cheval—de son côté le cavalier s'arrêta, et parut examiner la petite troupe avec non moins de curiosité et d'inquiétude que la petite troupe ne l'examinait lui-même.
Latil avait été sur le point de crier: Qui vive! mais il craignait que ce cri en français ou mal accentué en italien ne le trahît. Il résolut donc d'aller seul à la découverte, et poussa son cheval au galop dans la direction du cavalier arrêté comme une statue équestre au milieu de la route.