Effectivement, deux pièces de ce calibre étaient placées à bord du vaisseau, l'une à l'avant, l'autre à l'arrière, de sorte que, lorsque le capitaine de la frégate se croyait encore hors de la portée habituelle, il se trouvait, à son grand désappointement, sous le feu de son ennemi.
—Toutes les voiles dehors! cria le capitaine, tout, jusqu'aux bonnettes de cacatois! Qu'on ne laisse pas un chiffon de toile grand comme un mouchoir de poche dans les armoires! Allez!
Et aussitôt trois ou quatre petites voiles s'élancèrent et coururent se ranger près des voiles plus grandes qu'elles étaient destinées à accompagner, et l'on sentit à un accroissement de vitesse que, si chétif que fût ce secours, il n'était cependant pas tout à fait inutile.
En ce moment, un second coup du canon retentit, qui passa comme le premier dans la mâture, mais sans autre résultat que de trouer une ou deux voiles.
On marcha ainsi pendant l'espace de dix minutes à peu près; pendant ces dix minutes, le capitaine français ne cessa point de tenir sa lunette braquée sur le vaisseau ennemi. Puis, après ces dix minutes d'examen, faisant rentrer les différent tubes de sa lunette les uns dans les autres d'un violent coup de la paume de la main:
—Enfoncés, décidément, messieurs les Anglais! cria-t-il, nous filons un demi-noeud plus que vous!
—Ainsi, demanda le prince, qui n'avait pas quitté le pont, ainsi demain matin nous serons hors de vue?
—Oh! mon Dieu, oui, répondit le capitaine, si nous allons toujours ce train-là.
—Et si quelque boulet maudit ne nous brise pas une de nos trois jambes, dit en riant le prince.
Comme il disait ces paroles, le bruit d'un troisième coup de canon retentit, et presque aussitôt on entendit un craquement terrible; un boulet venait de briser le mât auquel était appuyé le prince, au dessous de la grande hune.