De l'exedra on passe sur une terrasse; cette terrasse dominait le quartier des esclaves. Dans ce quartier on trouva une bouteille suspendue à un clou, des vases de terre cuite, une lampe, quatre bêches et un râteau de fer; un couteau à manche d'os, des vases de verre et des monnaies de bronze: c'était l'ameublement et la richesse de la pauvre petite colonie.
Près d'une porte étaient un squelette d'homme et un squelette de brebis: la brebis avait encore sa clochette.
Outre les pièces que nous avons décrites, il y avait encore un appartement d'été; on descendait dans cet appartement par un petit escalier; les pièces en étaient voûtées, ornées de fresques et pavées en mosaïque. Les peintures qui couvraient les murailles de la plus grande de ces pièces représentaient une Uranie, une Melpomène, une Minerve, un pédagogue assis, tenant un bâton à la main et ayant un coffre plein de papyrus à ses pieds; des génies et des bacchantes qui dansent en pinçant de la sambuca, ce qui fit croire que cette chambre était une bibliothèque. Un reste de tapis en couvrait le pavé.
De cette chambre, et en traversant le jardin, on descend dans une galerie souterraine; c'est dans celle galerie que s'étaient réfugiés les habitans de la maison. On y retrouva vingt squelettes appuyés au mur: deux de ces squelettes appartenaient à des enfans; un troisième était, selon toute probabilité, celui de la maîtresse de la maison, car on lui trouva au bras deux bracelets et aux doigts quatre anneaux. Tous avaient été étouffés par la cendre; et comme à cette cendre avaient succédé des torrens d'eau, elle avait été changée en un limon qui s'était séché lentement, enveloppant les cadavres comme un moule. Aussi, lorsqu'on les trouva, ces cadavres étaient-ils parfaitement conservés; mais à peine les toucha-t-on du bout du doigt qu'ils tombèrent réduits en poudre, et ne laissèrent debout que leurs ossemens. Le limon qui les emboîtait demeura plus solide, et l'on conserve au musée de Naples un fragment de cette terre dans lequel est empreint un magnifique sein de femme à la surface duquel on distingue les plis d'une robe de mousseline. Un second fragment garde le moule de deux épaules; un troisième, le contour d'un bras; tout cela jeune et arrondi, tout cela magnifique de forme.
En outre, on trouva à terre deux colliers d'or, dont l'un est orné de neuf plaques d'émeraudes, et dont l'autre portait une chaînette au bout de laquelle pendaient deux feuilles de pampre; deux anneaux d'argent, une grosse épingle, un candélabre dont le pied était formé par trois jambes d'homme, un paquet de clés, deux améthystes, sur l'une desquelles était gravée une Vénus Anadyomène, dans la même pose que la Vénus de Médicis; enfin trente-une pièces de monnaie presque toutes consulaires et quarante-quatre autres presque toutes impériales, parmi lesquelles étaient plusieurs Galba et plusieurs Vespasien.
Mais dans cette galerie funèbre n'étaient point renfermés tous les cadavres. Un autre squelette fut retrouvé près de la porte qui donnait du côté de la mer; celui-là, sans doute, était le squelette du maître de la maison, car il tenait dans une main une clé et dans l'autre une bague et un rouleau de dix pièces d'or à l'effigie de Néron et d'Agrippine, de Vitellius, de Vespasien et de Titus, quatre-vingt-huit pièces d'argent impériales et consulaires au nombre desquelles étaient un Marc-Antoine et une Cléopâtre, et enfin quelques sous en bronze à l'effigie d'Auguste et de Claude. A quelques pas du cadavre de cet homme, on trouva encore deux autres squelettes auprès desquels étaient cinq médailles de bronze; puis, hors de la porte et en s'avançant vers la mer, neuf autres squelettes encore, appartenant probablement à la famille d'Arrius Diomède. On sait que les anciens entendaient par famille cette innombrable troupe d'esclaves et de chiens attachée à toute riche maison.
Aux angles de ces appartemens inférieurs étaient deux cabinets, dans l'un desquels on trouva un squelette ayant au poignet un bracelet de bronze, au doigt un anneau d'argent, à la main une faucille de fer. Près de ces cabinets étaient deux enclos, qui, selon toute apparence, avaient été recouverts d'un treillage garni de vigne et qui devait servir de jeu de boules. Enfin, hors de la maison et s'étendant du côté de la mer, on retrouva un champ labouré à sillons, près duquel était une aire pour battre le blé.
Une vaste enceinte séparait du côté opposé la maison de la rue; elle était entourée d'un mur solide, appuyé à un terre-plain percé de tuyaux. Cette enceinte était le cimetière des esclaves. En la fouillant, on y trouva une grande quantité d'os humains, et les coquilles des limaçons qu'on avait l'habitude de manger aux repas mortuaires.
Quant au tombeau préparé par le maître de la maison pour lui et les siens, et dans lequel reposaient son frère aîné et Arria, sa huitième fille, nous avons déjà dit qu'il s'élevait sur la rue, et que cette demeure des morts rivalisait d'élégance et de richesse avec la demeure des vivans.
Parmi ces tombeaux qui bordent les deux côtés de la voie consulaire, les plus remarquables après celui de la famille Diomède sont les tombeaux des deux Tyché, et le cénotaphe de Calventius.