—Où sommes-nous? lui demandai-je en sautant par dessus la roue qui gisait renversée au milieu du chemin.
—A Sant-Agata di Goti, répondit le petit sauvage sans déranger un pli de son bizarre accoutrement.
—Pardieu! fit Jadin, il s'agit bien de Goths et de Visigoths, ne voyez-vous pas que nous sommes en Afrique? Voilà de la véritable couleur locale ou je ne m'y connais guère.
Le petit paysan fixa son regard sur Jadin, comme pour deviner le sens de ses paroles, et fronça le sourcil d'un air de défiance et de soupçon, se croyant sans doute offensé par ce peu de mots prononcés devant lui dans une langue inconnue. Je me hâtai de rassurer la susceptibilité du jeune habitant de Sainte-Agathe, en lui faisant comprendre de mon mieux que Jadin s'extasiait sur la qualité de son teint et sur l'originalité de son costume.
L'enfant ne fut pas dupe de ma bienveillante traduction et se contenta de répondre, en haussant les épaules, que, si les hommes de son pays étaient bronzés par le soleil, les femmes y étaient plus blanches et plus jolies que partout ailleurs, et que si lui et ses frères n'avaient que des haillons pour tout vêtement, c'était pour que leurs soeurs portassent des jupes brodées et des corsages à galons d'or.
Ces paroles furent dites d'un ton si simple que je me suis réconcilié tout à coup avec l'indolence et la misère du petit lazzarone.
—Y a-t-il une auberge, une cabane, un chenil dans ce maudit village? demanda Jadin en se servant cette fois du patois napolitain, dans lequel il avait fait, dans les derniers temps, de rapides progrès.
—C'e una superba locanda, répondit l'enfant en regardant Jadin avec une singulière expression de malice.
—Eh bien! mon garçon, lui dis-je, si tu nous mènes à cette superba locanda, voici une pièce de six carlins pour ta peine.
—Je ne suis pas un mendiant, répondit le jeune homme aux haillons, en me lançant un regard d'une hauteur incroyable.