Au bout d'un quart d'heure à peu près, on vit au tournant du chemin reparaître une torche, puis deux, puis toutes les torches.
Seulement cette fois, au lieu de s'éparpiller dans la campagne, elles étaient massées autour d'un centre commun.
Ce centre commun, on put bientôt voir qu'il se composait d'une litière et d'un homme étendu sur cette litière.
Le funèbre cortège s'avançait lentement, mais il s'avançait. Au bout de dix minutes, il fut à la porte. En apercevant la mère vivante qui attendait le fils mort, ceux qui le portaient se découvrirent instinctivement, puis ils rentrèrent silencieux dans la cour.
Smérande se mit à leur suite, et nous, nous suivîmes Smérande. On atteignit ainsi la grande salle, dans laquelle on déposa le corps.
Alors, faisant un geste de suprême majesté, Smérande écarta tout le monde, et, s'approchant du cadavre, elle mit un genou en terre devant lui, écarta les cheveux qui faisaient un voile à son visage, le contempla longtemps, les yeux secs toujours, puis, ouvrant la robe moldave, écarta la chemise souillée de sang.
Cette blessure était au côté droit de la poitrine. Elle avait dû être faite par une lame droite et coupante des deux côtés.
Je me rappelai avoir vu le jour même, au côté de Grégoriska, le long couteau de chasse qui servait de baïonnette à sa carabine.
Je cherchai à son côté cette arme; mais elle avait disparu.
Smérande demanda de l'eau, trempa son mouchoir dans cette eau, et lava la plaie.